Deux ans après son élection, le président n'a pas réussi malgré ses promesses à juguler militairement les guérilleros
La popularité d'Uribe s'effrite à mi-mandat

Saiza: Roméo Langlois et Pascale Mariani
[07 août 2004]

Deux ans après son élection, la forte popularité du président de droite Alvaro Uribe donnerait-elle des signes d'essoufflement? Aujourd'hui à mi-mandat, l'homme tente de réformer la Constitution pour pouvoir se présenter à la prochaine présidentielle. Mais les critiques envers son style de gouvernement se font de plus en plus acerbes.
«Trop de président, pas assez de gouvernement», déclare l'hebdomadaire Semana. Les ministres s'effacent derrière ce président charismatique qui se passe d'intermédiaires. Le riche propriétaire terrien originaire de la région de Medellin élu sur la promesse d'écraser les guérilleros est arrivé au pouvoir avec l'aura d'un messie. Son prédécesseur venait de partir sous les huées après l'échec du processus de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

Deux ans de «mano dura» et la politique de fermeté d'Uribe ont restauré un relatif sentiment de sécurité. Homicides, massacres, et enlèvements ont diminué. Surtout, les Colombiens aisés peuvent à nouveau partir en vacances en voiture grâce à une militarisation accrue des principaux axes routiers du pays.

Mais ce président qui nie jusqu'à l'existence d'une guerre en Colombie et ramène la complexe problématique nationale à la «lutte antiterroriste» est loin de l'avoir gagnée. Les Colombiens commencent à le sentir. Selon un récent sondage, ils sont majoritairement convaincus de la nécessité d'une solution négociée. Les Farc sont en phase de repli mais leur structure est intacte. Et le plan Patriote, une offensive militaire inédite dans les jungles du sud du pays, n'a pas encore fourni de résultats probants.
Des résultats, le chef de l'Etat ne cesse d'en réclamer publiquement à ses généraux. D'où des aspects de sa politique de «sécurité démocratique» sévèrement critiqués. Notamment les captures massives de présumés collaborateurs de la guérilla. Du syndicaliste à la mère de famille, des milliers de civils sont arbitrairement emprisonnés sur la foi de témoignages douteux. Un projet de loi «antiterroriste» menace d'institutionnaliser la pratique.

Les négociations en vue de la démobilisation des paramilitaires d'extrême droite, sur fond d'impunité latente, génèrent toujours plus d'indignation. La semaine dernière, trois chefs paras, des criminels de guerre et narcotrafiquants notoires, se sont exprimés au Congrès national avec l'autorisation du chef de l'Etat. La veille de cette cérémonie jugée «scandaleuse» par l'ambassadeur américain à Bogota, Uribe recevait une lettre signée par 23 sénateurs démocrates, dont le candidat à la présidentielle John Kerry, l'enjoignant d'appliquer les recommandations de l'ONU en matière de droits de l'homme. Coup de grâce, cette semaine, l'hebdomadaire Newsweek cite un rapport déclassifié du département de Défense américain qui épinglait, en 1991, Alvaro Uribe sur la liste des cent Colombiens les plus dangereux, en raison d'une amitié présumée avec feu Pablo Escobar.

Uribe n'a pas répondu à ces accusations. Pour l'heure, conscient que sa sévère politique d'ajustement structurel pourrait lui coûter cher, dans ce pays frappé par une pauvreté et des inégalités grandissantes, il a récemment annoncé vouloir rectifier le tir en matière sociale.