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DANS LES ANDES (Colombie) (AFP)
La Franco-colombienne Ingrid Betancourt, otage des FARC depuis 18 mois, est "en bonne santé", a affirmé à l'AFP Raul Reyes, leur porte-parole, dans la première interview d'un commandant de cette guérilla depuis la rupture du processus de paix le 20 février 2002.
Cet entretien, de 40 minutes, a eu lieu en début de semaine en pleine jungle, sous des pluies torrentielles, dans un lieu non identifié, au coeur des montagnes de Colombie, avec pour autre participant le représentant d'un média colombien.
"L'état de santé physique d'Ingrid est bon, de même que son moral", affirme Raul Reyes, numéro deux des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), vêtu de kaki, un pistolet-mitrailleur à ses côtés, et lui-même dans une excellente forme physique apparente, alors que les rumeurs en Colombie le donnaient pour gravement malade à la suite d'un cancer de la prostate présumé.
L'ex-candidate des Verts à la présidentielle en Colombie, enlevée le 23 février 2002 par les FARC, se montre "très inquiète", selon Raul Reyes, "parce qu'elle ne voit pas le moindre intérêt, du côté du gouvernement (colombien), pour que les autres prisonniers et elle-même recouvrent rapidement leur liberté".
Depuis l'investiture le 7 août 2002 du président Alvaro Uribe, un homme à poigne décidé à museler les rebelles par une guerre frontale, aucun dialogue n'a été engagé avec les FARC, première guérilla du pays andin avec 17.000 hommes. Les seuls pourparlers du pouvoir ont eu pour interlocuteurs les paramilitaires, censés déposer les armes en décembre 2005.
A propos d'une éventuelle libération d'Ingrid Betancourt, le numéro deux de la guérilla réaffirme la position des rebelles: "elle-même, ainsi que les militaires et politiques aux mains des FARC, recouvreront la liberté dès la signature d'un accord, quand les nôtres sortiront de prison".
Pour un tel accord, Raul Reyes réitère l'exigence de la démilitarisation des deux départements du sud, le Putumayo et le Caqueta, d'une superficie totale de 115.000 km2 - l'équivalent de l'Angleterre -, "pour assurer la sécurité" des FARC.
Il rappelle aussi "le risque" de tout otage d'être exécuté en cas de tentative par l'armée de "le libérer par la force".
Vingt-et-un otages politiques, dont Ingrid Betancourt, une cinquantaine d'officiers de l'armée et 800 civils sont retenus par cette guérilla. Plus de 400 guérilleros purgent des peines de prison en Colombie.
L'ex-sénatrice possède la double nationalité française et colombienne depuis son premier mariage avec un diplomate français, Fabrice Delloye, dont elle a eu deux enfants, Mélanie, 18 ans, et Lorenzo, 15 ans.
Sa famille n'a plus reçu aucune preuve qu'elle était en vie depuis mai 2002, et Raul Reyes n'en a fourni aucune, mais s'est engagé à "davantage de régularité" à cet égard, sans plus de précision.
Prêt à recevoir un délégué de l'Eglise colombienne ou à se rendre "immédiatement" à l'ONU à New York pour "exposer le point de vue" des rebelles, Raul Reyes a clos l'épisode rocambolesque de la tentative française récente de libérer l'otage.
"Tout ce montage sur la remise présumée de Mme Ingrid Betancourt (par les FARC à la France) a été fabriqué au palais (présidentiel) de Narino, par le propre président de la République (Alvaro Uribe), avec l'aide de l'état-major", assure-t-il.
Le 9 juillet, un Hercules C-130 de l'armée française avait rallié Manaus, capitale brésilienne de l'Etat d'Amazonie. Ses occupants avaient échoué dans leur projet de ramener Ingrid Betancourt.
Ni Bogota ni Brasilia n'avaient été informés des intentions françaises, et l'avaient fait savoir. Le Brésil avait ordonné à l'appareil de quitter son territoire le 13 juillet. Paris avait alors exprimé ses "regrets" à Brasilia.
Cet appareil avait été mobilisé "pour une opération humanitaire" en faveur de sa soeur, avait affirmé Astrid Betancourt, aînée d'Ingrid, après qu'elle eut été contactée, selon elle, "par un intermédiaire des FARC", pour la libération de l'otage en Amazonie.
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