Terra 23 décembre 2002
Déception
La Colombie a commencé 2002
avec un processus de paix et se termine avec une guerre.
La Colombie, qui commença 2002
avec un processus de paix avec la guerrilla des Farc, termine l’année
avec un nouveau gouvernement, celui d’Alvaro Uribe, qui sans écarter
le dialogue, a fait une offensive pour discréditer ou dérouter les
groupes armés illégaux.
L’année a commencé avec les
Farc en possession d’un territoire de 42000 km2 au sud du
pays, qui avait été consenti par le gouvernement du conservateur
Andrés Pastrana, trois ans après pour arriver à une négociation de
paix. Mais en janvier cette négociation paraissait moribonde, et à la
fin le processus de paix a été rompu brutalement le 20 fébrier après
que les FARC détournèrent ce jour-là un avion commercial, l’obligeant
à atterrir sur une route, et qu’ils séquestrèrent une congressiste.
Cette rupture a entraîné un
changement radical dans l’équation du conflit colombien, qui devenait
une confrontation militaire plus ouverte, avec une répercussion
immédiate sur la campagne électorale pour l’élection
présidentielle, qui devait se réaliser trois mois plus tard. Trois
jours après la rupture du processus, la candidate présidentielle
Ingrid Betancourt était séquestrée par les Farc quand elle essayait d’arriver
par la route à San Vicente del Caguan, cœur de l’ex-zone démilitarisée.
Ensuite, l’organisation insurgée signala qu’elle faisait partie d’un
groupe de politiques et militaires qui prétendaient faire des échanges
de prisonniers.
La rupture implique un changement
dans la perception citoyenne sur la manière d’affronter le conflit.
Si durant les denières années, on vivait avec un espoir de paix,
depuis le 20 février on a commencé à penser en termes de guerre.
Cela a favorisé le candidat à la
présidence Alvaro Uribe, qui dans sa campagne électorale a
privilégié un discours apaisant pour ses concitoyens de telle sorte
que le 26 mai, jour de l’élection, il a obtenu 53% des voix, ce qui
lui a évité un deuxième tour.
Uribe prit ses fonctions le 7
août, au moment où les Farc lui ont envoyé un message fort sur leurs
intentions : le groupement insurgé a attaqué ce même jour Bogota
avec des grenades au mortier qui arrivèrent au siège présidentiel
causant ainsi la mort de 21 personnes.
L’arrivée d’Uribe à la
présidence a marqué un autre changement dans le conflit. Beaucoup plus
actif que son prédecesseur, depuis le début de son mandat, il a
concentré ses efforts dans le renforcement des Forces Militaires. Ce
renforcement s’est vu de fait favorisé par la guerre globale contre
le terrorisme entreprise par les Etats unis depuis le 11 septembre 2001,
date qui a commencé a marqué une plus grande coopération de
Washington sur le plan colombien..
De fait, le Congrès
nord-américain a approuvé en juillet que ce plan colombien, destiné
originellement à la lutte contre le narco-trafic, soit élargi à la
lutte contre les groupes armés illégaux (ceux des guerrillas des FARC
et d’ELN, et des paramilitaires d’extrême droite).
Les Etats Unis ont sollicité l’extradition
de chefs guerrilleros et paramilitaires, une mesure qui est considérée
par les analystes comme un coup d’épée dans l’eau pour d’éventuels
dialogues de paix. Cependant, les paramilitaires ont déjà annoncé
leur disposition au dialogue, pour lequel ils ont commencé un
cesser-le-feu le 1er décembre dernier. Avec les FARC, en
revanche, le gouvernement veut arriver à un accord humanitaire pour
permettre la liberté de 100 détenus en échange de guerrilleros
prisonniers mais les deux parties ont des positions très éloignées et
une solution ne semble pas proche.
Mais l’année 2002 aura été l’année
d’une prise de conscience plus importante sur le problème de la
séquestration, dont sont victimes plus de 3000 personnes par an, parmi
lesquels ces derniers mois un gouverneur, un ex ministre de la Défense
et 11 députés en plus d’Ingrid Betancourt qui est devenue le symbole
du drame que ce délit entraîne.