Les mystérieux méandres de l'affaire Betancourt en Amazonie
Un mélange détonant d'agents secrets, de médecins, de diplomates, de guérilleros, et de prêtres a mué l'affaire Ingrid Betancourt en un entrelacs de mystérieux méandres au coeur de l'Amazonie en Colombie.
Officiellement, les faits sont clairs. Un avion français Hercules C-130 est venu au Brésil le 9 juillet pour ramener de Colombie l'otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), mais l'opération a capoté le 13, sans consultation préalable de Brasilia ni de Bogota.
Icône de la lutte anticorruption, Ingrid Betancourt, 41 ans, a été candidate des Verts à l'élection présidentielle de Colombie, avant d'être enlevée le 23 février 2002, pour devenir un symbole des 3.000 séquestrés dans le pays andin.
Grâce à des sources colombiennes, brésiliennes, et françaises en Colombie, l'AFP a reconstitué cette tentative rocambolesque.
Le 9 juillet, un Hercules C-130 de l'armée française se pose sur l'aéroport civil de Manaus, capitale brésilienne de l'Etat d'Amazonie, grand comme sept fois la France, et poumon de la planète pour ses réserves en oxygène.
Quatre de ses onze occupants descendent de l'appareil, selon une source officielle brésilienne, affrètent un avion auprès de la société Rico, pour 5.000 dollars, et se rendent à Sao Paulo de Olivença, à 200 km à l'est de Leticia, au bord de l'Amazone, dans une jungle partagée par boas, singes et dauphins roses.
L'avion français avait été mobilisé »pour une opération humanitaire» en faveur de sa soeur, confie Astrid Betancourt, aînée d'Ingrid, elle-même invitée à se rendre à Leticia »avec un prêtre», par un contact des FARC, pour une possible libération de l'otage.
Les quatre hommes du Hercules - un diplomate, un médecin et deux agents secrets - demandent à se rendre en Colombie, sur un aéroport non identifié, »en fait un tremplin du trafic de stupéfiants», mais en vain, selon la même source brésilienne.
Devenue méfiante, la police brésilienne va intercepter l'équipe française sur l'aéroport de Manaus, à son retour le 12 juillet.
On apprendra plus tard les objectifs des Français. Il s'agissait de transporter Ingrid Betancourt, mais peut-être aussi Raul Reyes, selon de »forts indices» recueillis par la police brésilienne à partir »d'écoutes classiques», toujours selon cette source.
Le commandant Raul Reyes, porte-parole des FARC, souffrirait d'un cancer de la prostate, ajoute cette source, mais cette assertion n'est pas partagée par une source colombienne de l'AFP bien informée.
Aucune des sources françaises ni colombiennes de l'AFP en Colombie n'a confirmé cette hypothèse, à propos d'un commandant d'une guérilla cataloguée de »terroriste» par l'Union européenne depuis un an.
Invités à s'expliquer, les quatre Français renâclent, invoquent leur »statut diplomatique», mais finissent, sous la menace des menottes, à se rendre au siège de la police fédérale à Manaus. Ils vont y passer quatre heures, confie la même source brésilienne.
L'affaire se corse. Non seulement ils ont refusé l'inspection de l'appareil militaire, considéré comme »territoire français», mais ils opposent un total mutisme aux questions.
Là, »l'un des témoins dérape», poursuit cette source. Au moment de signer un formulaire, il donne pour adresse...celle de la Direction générale des services extérieurs (DGSE) à Paris. Il s'agit des services secrets français.
Le mystère Ingrid Betancourt devient alors une affaire d'Etat. Ni le Brésil, ni la Colombie, ont révélé vendredi ces deux pays, n'avaient été avertis par Paris de la mission, baptisée »Opération 14 juillet».
Le Brésil donne l'ordre au Hercules de quitter son territoire. L'avion décolle le 13 juillet, sans Ingrid Betancourt.
L'ex-sénatrice possède la double nationalité française et colombienne depuis son premier mariage avec un diplomate français, Fabrice Delloye, dont elle a eu deux enfants, Mélanie et Lorenzo. Sa famille n'a plus reçu aucune preuve de sa survie depuis mai 2002.
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