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Il y aura deux ans,lundi prochain
qu'Ingrid Betancourt est séquestrée. Durant ces deux ans, hormis quelques allusions passagères,
je n'ai jamais écrit de vérité sur ce drame humain dévastateur ni sur le symbole dans lequel s'est établie l'ex-sénatrice et candidate à la présidence.
Un symbole aussi de l'impitoyable barbarie de la FARC et du déconcertant
entêtement de ce gouvernement face au drame des séquestrés. Au sujet de ceux-ci et de leurs familles,nous pouvons
faire, en une phrase, un diagnostic du problème : ils sont condamnés
à s'étioler entre une guérilla impitoyable et un gouvernement sans compassion.
La séquestration comme arme politique est une option barbare et sans justification éthique.
L'injustice sociale,aussi énorme et inégale, soit-elle, ne justifie pas cette attaque aveugle contre des civils non
combattants. Même si en Colombie existait l'esclavagisme, pour combattre
l'esclavagisme, la séquestration ne se justifierait pas. La séquestration est une arme de
lutte, plus immorale que l'immoralité sociale que la guérilla prétend combattre.
Le fait est que, d'une guérilla devenue trafiquante de drogues et séquestratrice,
personne ne peut espérer une quelconque pitié. On ne peut non plus croire que des arguments seraient entendus
par ceux-là. En outre, d'un gouvernement qui se proclame démocratique
(et"de grand coeur"), on pourrait espérer compréhension et
compassion. On peut comparer l'intransigeance de Staline qui ne voulut pas négocier avec
Hitler, la séquestration de son fils, lequel mourut dans les camps d'extermination
nazi, au pragmatisme de César Gaviria qui fit négocier le gouvernement colombien pour que la guérilla libère son frère alors séquestré.
De même, Pastrana échangea 15 guérilléros des FARC contre 42 soldats et policiers
prisonniers. Cela pour des motifs humanitaires. Les deux gouvernements précédents avaient renoncé à lutter contre la guérilla.
Lorsque Sharon échangea 400 terroristes du Hizbollah, non pas pour 2 soldats israéliens,
mais seulement contre les corps de deux soldats israéliens, il ne s'agissait pas de manoeuvre pour désarçonner les
terroristes. C'était un acte de respect envers les familles des soldats
morts. Un acte humanitaire, grâce auquel fut aussi libéré vivant un industriel.
Le gouvernement Colombien pourrait présenter une certaine crédibilité dans sa politique
intransigeante face aux échanges humanitaires s'il avait obtenu des
succès dans les opérations de libération. Vous souvenez-vous de celle du gouverneur
d'Antioquia et celle de Gilberto Echeverri ? Ils furent tués tous les
deux ! Les ravisseurs s'enfuirent.
Et l'opération pour Doris Gil et son
mari ? Les ravisseurs les assassinèrent sous la seule menace du bruit fait par les hélicoptères.
Lorsqu'une opération de libération est engagée sans une bonne probabilité de succés,
le seul sentiment éprouvé est la compassion pour les prisonniers et leurs familles.
Naturellement, quelle indignation éprouver lorsqu'on échange des prisonniers contre des séquestrés.
Mais un gouvernement sérieux et crédible compromis au coeur même de son armée et avec ses propres compatriotes ne permet pas que ses représentants et ses
soldats (et je cite le cas emblématique de l'officier Elkin
Hernandez qui depuis 6 ans pourrit dans un camp de concentration des Farc dans la foret vierge) se
consument dans une demi-vie, entourés de fil de fer barbelé et traités comme des animaux. Les libérations,
en 7 ans ,avec un peu d'efficacité, auraient pu être menées à bien ou alors "on avale un crapaud d'échange
"(proverbe traduit littéralement!)
Un fait nouveau a été répété avec raison, ily a quelques jours par "EL
ESPECTATOR":d'importantes personnalités internationales dont
le prix Nobel de médecine François Jacob et le prestigieux journaliste Jean François Revel ont proposé Ingrid pour
être désignée comme Nobel de la paix. Elle mérite cela, plus que personne en ce moment de l'histoire du monde.
Non seulement
grâce à son action indépendante, à sa valeur personnelle, mais aussi parce qu'elle est devenue le symbole mondial de la souffrance
Colombienne. Cette double souffrance d'être à la merci d'une guérilla sans pitié et à l'écart de toute
commisération de la part d'un gouvernement très conciliant avec les
terroristes de droite et intransigeant avec les terroristes de la
guérilla..
Le Nobel pour Ingrid, si elle l'obtenait, montrerait comme à travers une
loupe la dégénérescence honteuse dans lesquelles sont tombées les
guérillas Colombiennes et montrerait aussi la mollesse et l'obstination d'un gouvernement qui croit
qu'intégrité et intransigeance sont la même chose.
L'échange humanitaire est urgent non pas parce que ce serait la meilleure solution mais parce qu'elle est la
seule, en ce moment, pour diminuer la souffrance de beaucoup de
personnes. Il est honteux pour beaucoup d'entre nous journalistes colombiens que ce soient les intellectuels européens qui symbolisent notre peine en ce qui concerne Ingrid
Betancourt.
Il est temps que nous aussi la prenions comme un drapeau enveloppant les autres séquestrés.
Sa souffrance,sa libération et celle de tous les séquestrés, nous espérons que cela sera
peut-être le début de la solution définitive à cette atroce épidémie
nationale : la fin de la séquestration comme arme politique.
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