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Le Soir en Ligne, le 28/11/2002, 06 h 00

ColombieLa Cour constitutionnelle limite l'état d'exception instauré par le président

Bogota ébauche le dialogue sur fond de guerre

VÉRONIQUE KIESEL

Depuis son entrée en fonction le 7 août, le président colombien Alvaro Uribe a privilégié la voie de l'affrontement armé pour tenter de régler le conflit colombien. Le 12 août, il décrétait en outre l'état d'exception, créant des « zones spéciales » commandées par des généraux jouissant de pouvoirs étendus dans le nord et l'est de la Colombie.

Cette politique de militarisation du conflit, qui semble par ailleurs dangereuse et inefficace, a évidemment un coût humain important : depuis le début de cette semaine seulement, 23 soldats colombiens ont perdu la vie dans divers affrontements avec la guérilla.

Trêve de Noël ?

Après quatre mois de combats, le président Uribe semble actuellement infléchir sa politique. On vient en effet d'apprendre qu'il avait repris mardi le dialogue engagé en août dernier à Cuba avec l'ELN (Armée de libération nationale), le deuxième mouvement de guérilla colombien. Le Haut commissaire à la paix, Luis Carlos Restrepo, a indiqué s'être entretenu avec deux hauts responsables de l'ELN aujourd'hui emprisonnés près de Medellin, Francisco Galan et Felipe Torres, lors d'une réunion exploratoire dans le cadre de l'objectif politique du gouvernement d'avancer dans la recherche d'une issue négociée avec tous les groupes en marge de la loi. Le Haut commissaire Restrepo souhaiterait arriver à ce que l'ELN déclare une trêve des hostilités avant Noël.

Mais il s'agit bien de négocier avec « tous les groupes en marge de la loi » : le gouvernement a en effet, pour la première fois dans l'histoire de la Colombie, engagé des négociations aussi avec les groupes paramilitaires. Le président Uribe a confirmé avoir eu des contacts récents avec les Autodéfenses unies de Colombie (AUC), des groupes paramilitaires réprimant brutalement tous ceux qu'ils soupçonnent d'appuyer les mouvements de guérilla. Le chef de l'Etat entend lancer un processus de paix éventuel avec ces groupes illégaux d'autodéfense, à partir de leur engagement de ne plus assassiner un seul Colombien

La question de savoir s'il faut ou non dialoguer avec les AUC est complexe : pour les uns, il ne faut pas se compromettre en dialoguant avec des groupes qui assassinent régulièrement syndicalistes et défenseurs des droits de l'homme. D'autres estiment que, par réalisme, il faut bien tenter de désamorcer leur action en négociant. Les Farc, en revanche, ont toujours exigé, avant tout dialogue avec le pouvoir, que celui-ci n'ait aucun contact avec les paramilitaires.

Il faut donc espérer que cette annonce ne mettra pas en péril l'ébauche de dialogue lancé entre le gouvernement et les FARC et relatif à un échange de prisonniers (voir ci-dessous).

Au-delà de cette volonté de dialogue, le président Uribe va être obligé d'assouplir le régime qu'il avait imposé dans ses « zones spéciales »: la Cour constitutionnelle vient en effet de remettre en cause certains aspects de l'Etat d'exception en vigueur dans ces zones, à savoir le pouvoir judiciaire donné aux militaires, et les restrictions imposées aux journalistes étrangers, qui avaient besoin d'une autorisation écrite avant tout déplacement dans la zone. Tout cela est illégal, a estimé la Cour...·

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© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002

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