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Le 26/11/2003  |  06 h 00

Colombie - Plus de huit cents paramilitaires déposent les armes à Medellin

Une démobilisation qui soulève la polémique

CHRISTINE RENAUDAT

BOGOTA

Dès 7 heures du matin, mardi, les combattants s'étaient rassemblés dans une salle municipale de Medellin, la deuxième plus grande ville du pays. Au milieu du crépitement des appareils photo, 855 membres des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, 15.000 hommes au total) ont déposé leurs fusils et leurs uniformes devant les représentants du gouvernement, de l'armée et de l'Organisation des Etats américains (OEA). La cérémonie, avec l'apparition sur grand écran des chefs du groupe armé dans un message enregistré, avait été soigneusement préparée par le pouvoir : en décembre de l'an dernier, des contacts avaient été établis dans le fief traditionnel des milices antiguérilla, pour aboutir en juillet à la promesse d'un démantèlement total des AUC, d'ici à la fin de 2005.

Jamais, en près de dix ans, une faction armée ne s'était engagée de cette façon à se retirer du conflit qui déchire la Colombie depuis les années 1960. Avec les groupes d'autodéfense devrait disparaître un des acteurs les plus puissants de la guerre civile. Créée par les narcotrafiquants et les gros propriétaires terriens dans les années 1980 pour combattre la guérilla marxiste, cette armée parallèle illégale serait responsable de 70 % des massacres et violations des droits de l'homme dans le pays. Leurs cibles : syndicalistes, journalistes, militants politiques et dirigeants paysans, accusés de collaborer avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les Farc.

Mais le spectacle de leur démobilisation, vue comme un succès du président Alvaro Uribe, n'a pas plu à tout le monde. L'organisation de défense des droits de l'homme, Human Rights Watch, l'a même qualifié de « parodie ». L'organisation dénonce le risque d'une impunité totale. À l'issue du processus de réinsertion, la plupart des combattants devraient être laissés en liberté, faute de témoignages et de volonté politique pour faire la lumière sur leurs crimes. Le gouvernement tente également de faire adopter par le Parlement une « loi d'exception judiciaire » qui garantirait le blanchiment de ceux que les paysans colombiens continuent à appeler les coupeurs de tête. Cette négociation s'est faite par-dessus la douleur des victimes, déplore Gladys Avila, dirigeante de l'association des familles de disparus.

À Medellin, qui a souffert des abus constants des troupes paramilitaires, certains habitants craignent surtout que la réinsertion des jeunes miliciens, après une formation sommaire de 3 semaines promise par le gouvernement, soit un pari perdu d'avance. Ils sont issus des bandes qui ont toujours fait la loi dans les quartiers pauvres. Si leur survie en dépend, ils reprendront les armes et le trafic de drogue, prophétise Jésus Balbin, défenseur des droits de l'homme.

Enfin, aujourd'hui, plus de 14.000 AUC continuent à combattre, et la situation du pays ne changera pas radicalement ces prochains mois. Les chefs de l'organisation, Carlos Castaño et Salvatore Mancuso, dont Washington réclame l'extradition, ont annoncé qu'ils refuseraient de se rendre si leur liberté n'est pas garantie. Leur amnistie, qui pourrait débloquer le processus, est appuyée par certains secteurs de la droite qui les ont financés. Un coup de torchon qui priverait la Colombie d'un débat attendu par les victimes sur l'implication de l'armée régulière et des classes dirigeantes, dans le nettoyage sanglant des dernières années.·

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