
Portrait de Mélanie Delloye
La fille d'Ingrid Betancourt est devenue la meilleure avocate de la
libération de sa mère. Un an après son enlèvement, le 23 février 2002,
Mélanie mène le combat.
VÉRONIQUE KIESEL
Mélanie a le visage fin, les yeux graves et doux, la voix et même les
intonations de sa mère. Elle est si jeune encore, et pourtant on sent en
elle la même détermination calme, la même force sereine qui anime Ingrid
Betancourt dans ses combats.
Mélanie aussi mène un combat : contre le silence, contre l'oubli,
contre la cruauté dont sont victimes les 3.000 personnes qui, comme sa
mère, sont retenues contre leur gré en Colombie. A l'âge où d'autres se
concentrent sur les sorties, les fringues ou la musique, Mélanie donne des
conférences, répond à des interviews et rencontre des leaders politiques
de premier plan, le tout avec un naturel tranquille qui force
l'admiration.
L'étudiante en terminale du lycée français de Saint-Domingue, où elle
vit avec son petit frère Lorenzo, 14 ans, et son père, Fabrice Delloye,
conseiller économique et commercial à l'ambassade de France, a pris
quelques jours de congé pour plaider la cause de sa mère au Canada, en
France et en Belgique.
Enregistrement de l'émission de Thierry Ardisson « Tout le monde
en parle », conférence au Parlement européen, rencontres avec le
ministre français des Affaires étrangères Dominique de Villepin et le
président Jacques Chirac, rien ne lui fait peur.
Depuis un an, Mélanie a évidemment beaucoup grandi, changé, mûri. Ce
qui s'est passé m'a poussé à mettre de l'ordre dans mes priorités,
raconte-t-elle. Ma vie a changé. Mon but, c'est d'arriver à obtenir la
libération de maman et des 3.000 autres otages de Colombie. Depuis un an,
nous partageons la détresse de ces familles, sans nouvelles de leurs
proches.
Mais cette épreuve a aussi des aspects positifs. Nous avons vu
surgir un peu partout des comités de soutien qui se battent eux aussi pour
sa libération, poursuit-elle. Des gens qui ne la connaissent même
pas personnellement se sont engagés à fond. Cet élan est magnifique :
il nous donne à tous de l'espoir, et nous aide à nous sentir moins seuls.
Petit soldat de la paix, Mélanie plaide vaillamment pour que le
gouvernement colombien du président Uribe reprenne des négociations sur un
échange humanitaire de prisonniers, la dernière tentative s'étant soldée
par un échec. On se bat depuis un an, explique-t-elle à la tribune
du Parlement européen, mais nous avons besoin de soutien international,
et l'Union européenne a un rôle fondamental à jouer pour faire pression
sur le président Uribe.
Quand Mélanie parle ainsi, son père la couve du regard : Je
suis toujours très ému quand je l'entends parler, sourit Fabrice
Delloye. Je me rends compte alors que mon petit bébé a grandi, qu'elle
est devenue une grande bonne femme. Une grande bonne femme qui, dès
qu'elle aura passé son bac cette année, compte bien aller étudier les
sciences politiques à Paris.
Même si je ne sais pas encore de quelle manière, j'aimerais plus
tard moi aussi aider la Colombie, à ma façon. Maman nous a toujours
impliqués dans ses combats, Lorenzo et moi, explique Mélanie. Elle
ne nous a jamais tenus à l'écart, et a toujours voulu que nous comprenions
les risques qu'elle prenait. C'est une maman merveilleuse dont je suis
très proche. On se ressemble, on se comprend sans avoir besoin de parler.
Même quand la distance nous a séparés, elle a réussi à être présente, à
nous suivre. Le plus difficile, maintenant, c'est de ne pas perdre le
souvenir de sa voix, de son rire...
Quelques dates
1985.
Naissance aux Seychelles le 6 septembre. Au fil des postes de son père,
diplomate français, Mélanie a vécu ensuite aux Etats-Unis, en Colombie, en
France, en Nouvelle-Zélande, en République Dominicaine. Elle est devenue
parfaite trilingue français, anglais et espagnol.
1989.
Ingrid Betancourt et son mari Fabrice Delloye se séparent.
1996.
Vu les menaces pesant sur leur mère, Mélanie Delloye et son frère
Lorenzo quittent la Colombie pour aller vivre en France chez leurs
grands-parents paternels.
2002.
Ingrid Betancourt est enlevée par les FARC. Avec sa grand-mère, Yolanda
Pulacio, son père, Fabrice Delloye, son beau-père, Juan Carlos Lecompte,
Mélanie se lance dans la lutte.
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