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Le Soir en Ligne, le 22/02/2003, 06 h 00

Colombie - Depuis un an, Ingrid Betancourt est entre les mains de la guérilla des Farc

Faire vivre Ingrid, malgré tout

Photo AP.

CHRISTINE RENAUDAT

BOGOTA

En un an, la famille d'Ingrid Betancourt n'a reçu qu'une preuve de survie de l'ex-candidate présidentielle. Une cassette vidéo filmée en mai dernier dans les montagnes colombiennes, et diffusée au mois de juillet. Depuis, une foule de rumeurs ont couru sur son sort : grève de la faim, maladie, mort. Mais selon les dernières informations du gouvernement français, Ingrid est bien en vie.

Une nouvelle qui a soulagé Yolanda Pulecio, sa mère. Dans son appartement à Bogota, le temps paraît s'être arrêté depuis que, le 23 février de l'an dernier, la guérilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (Farc) a enlevé sa fille et Clara Rojas, candidate à la vice-présidence, son amie de toujours. Une année entière est passée à se battre pour faire vivre Ingrid malgré tout.

Les premières semaines, la famille se heurte à l'indifférence générale. La presse colombienne s'attaque à celle qui, pour beaucoup, s'est jetée dans la gueule du loup en allant défier la mort sur une route du sud du pays contrôlée par la guérilla. Celle qui a tenu tête aux autorités pour, dit-on à Bogota, sauver une campagne présidentielle qui ne décollait pas.

Sa sœur, Astrid Betancourt, téléphone au ministre de l'Intérieur de l'époque pour accélérer les recherches quelques jours après la prise d'otage. À trois mois des élections présidentielles, il lui répond que ses valises sont déjà faites. C'est à ce moment-là que nous avons décidé que la communauté internationale devait s'en mêler, explique Astrid Betancourt.

Aujourd'hui, elle égrène les pays visités : le Chili, le Mexique, l'Italie, la France, la Belgique… Un gigantesque mouvement de solidarité se cristallise autour de la jeune héroïne anti-corruption. Plus de 400 villes la nomment citoyenne d'honneur, 200 comités de soutien sont créés. Tous les jours, ses proches reçoivent des dizaines de mails. Un appui qui va plus loin : Paris condamne officiellement l'enlèvement et agit dans l'ombre pour convaincre les Farc qu'ils ont fait une erreur en enlevant une citoyenne française. Le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, ancien professeur d'Ingrid Betancourt à Sciences-Po Paris et ami de longue date de la famille, se rend à Bogota en novembre, pour demander sa libération. Depuis l'ambassade et le Quai d'Orsay, l'« affaire » est suivie de près.

Dans le pays, difficile de faire parler d'Ingrid Betancourt, alors que 3.000 personnes sont enlevées chaque année et que ces disparitions sont presque devenues banales. Tous les 23 du mois, raconte Juan Carlos Lecompte, son mari, j'inventais quelque chose pour qu'elle apparaisse dans la presse. Il envoie les photos des dernières manifestations à Montréal ou Bruxelles, donne une interview… J'ai même vu des guérilleros en prison. Leur réponse n'a jamais changé : Ingrid va bien, nous respectons son combat contre la corruption, mais c'est une monnaie d'échange, raconte-t-il dans les bureaux du parti vert Oxygène.

Avec le gouvernement, le dialogue est tout aussi compliqué. Pour relâcher l'ex-sénatrice, et 60 autres otages politiques et militaires, la guérilla exige la libération de ses combattants prisonniers de l'État. Alvaro Uribe, arrivé au pouvoir en août au milieu d'une série d'attentats sanglants attribués à la guérilla, rejette dans un premier temps ce « marchandage ». Nous pensons qu'il est immoral d'échanger des otages contre des délinquants, explique alors le gouvernement.

Au cours de leurs nombreuses visites au palais présidentiel, Yolanda, Astrid et Juan Carlos finissent par douter de la volonté de la nouvelle équipe au pouvoir. Le mari d'Ingrid laisse exploser sa colère en décembre. Avec ce gouvernement, les otages vont continuer à pourrir indéfiniment dans la jungle, déclare-t-il sur une radio nationale.

Depuis, la porte s'est entrouverte. Fin janvier, une commission a été nommée pour prendre contact avec les Farc. Il y a 10 jours, les rebelles ont cependant rappelé leur exigence : les négociations devront se faire directement avec le gouvernement, et dans une zone d'abord démilitarisée.

Pour l'évêque Luis Augusto Castro, membre de la commission, les familles devront désormais s'armer de patience. Une décision qui serait prise en un jour à Bogota est mûrie au moins un mois par la guérilla. Le chemin sera long, explique-t-il en souriant.

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© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2003

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