Mardi 10 février 2004 

dernière mise à jour le 10/02/2004 à 09h25 (heure de Bruxelles).


Le « J’accuse » de la mère d’Ingrid Betancourt 
VÉRONIQUE KIESEL

Lorsque Alvaro Uribe est devenu président, j’ai d’abord pensé qu’il allait nous aider à obtenir la libération de ma fille Ingrid, explique Yolanda Palacio, la mère d’Ingrid Betancourt. Aujourd’hui, cela fait deux ans qu’Ingrid est prisonnière, et je n’y crois plus. Je me rends compte avec angoisse que cet homme nous a trompés. Face à lui, nous n’avons rencontré que désintérêt ou mépris. Or il est de son devoir de tout faire pour libérer les nombreux prisonniers retenus par la guérilla, comme l’exige la Convention de Genève. Ce serait possible à travers un accord humanitaire, distinct d’un accord de paix. Les Farc se disent prêtes à négocier. Pas le gouvernement. 

Yolanda Pulacio est une femme blessée mais combative. Lundi matin, elle était l’une des trois victimes colombiennes réunies pour une conférence de presse à Bruxelles par la Coordination belge pour la Colombie, une plateforme rassemblant de nombreuses ONG préoccupées par la dégradation de la situation dans ce pays. La Coordination avait, plus tôt, organisé une manifestation en face de la Commission. 

Gloria Ines Ramirez, autre témoin, est une syndicaliste qui a dû fuir la Colombie après avoir été menacée. Interrogée sur les propos du président Uribe relatifs à la baisse du nombre d’assassinats de syndicalistes, elle bondit : Le gouvernement brandit ces statistiques pour légitimer sa politique, mais les syndicalistes et leurs proches n’ont jamais reçu autant de menaces de mort précises. Résultat, de nombreux syndicats ont perdu, dans plusieurs régions, leur direction. Nombreux sont ceux qui, comme moi, ont dû fuir pour rester en vie. De plus, le gouvernement ne cesse d’accuser les syndicats d’être complices du terrorisme, ou alors d’être responsables de la faillite d’entreprises. Quel est ce pays où il suffit que l’on soupçonne quelqu’un d’être, éventuellement, complice d’un terroriste, pour que l’on puisse le jeter en prison ? Même si on libère cette personne six mois plus tard, le mal est fait. 

Ariel Toscano, simple paysan du nord de la Colombie, a lui aussi dû s’exiler avec sa femme et ses enfants après l’assassinat de ses quatre frères par des paramilitaires aux ordres du frère de l’ancien ambassadeur de Colombie à Bruxelles, Carlos Arturo Marulanda, qui voulait chasser les paysans cultivant des terres qu’il revendiquait illégalement. 

En tant que victime de la violence, je demande à l’Union européenne de ne pas appuyer la politique du président Uribe, plaide Ariel Toscano. Il est d’accord pour démobiliser les paramilitaires en leur garantissant l’impunité. Les victimes de ces tragédies ont droit à ce que les coupables soient jugés. J’ai eu la chance d’être accueilli en Belgique et de pouvoir parler au nom de tous ceux qui, en Colombie, ne peuvent le faire. L’Union européenne doit écouter la clameur de ces victimes.