Bogota - la Colombie 25 avril 2004
Dimanche
 

Alfredo Molano Bravo : Arauca

L'aristocratie de bogota a appris l'existence d'Arauca au début du siècle passé, quand Humberto Gómez a pris les armes contre le gouvernement central. La région est ensuite retombée dans le silence. À la fin des années quarante, le gouvernement conservateur de Mariano Ospina l'a négocié avec le Vénézuéla en échange d'aide pour mettre en échec les guérillas libérales, et les libéraux de l'époque ont essayé de faire la même chose en échange d'armes pour Guadalupe Salcedo. 

Arauca ne s'est fait vraiment connaître à l'opinion publique que quand on a découvert les gisements de Caño Lemon. Et depuis lors chaque baril de pétrole a coûté beaucoup de sang. Les guérillas ont fortifié leurs contingents avec ce qu'elles appellent de l'impôt de guerre, que les compagnies pétrolières payent bon gré mal gré ; le Gouvernement, hors des impôts ordinaires, perçoit lui l'impôt "de paix" et, en outre, les compagnies aident généreusement à soutenir les bataillons de militaires qui gardent leurs domaines pétroliers. Avec la prolifération de groupes paramilitaires on a vu se multiplier les attaques sur l'oléoduc, les combats entre l'Armée et les guérillas et, évidemment, la violation des Droits Humains.

Le récent rapport d'Amnesty International est dramatique. Le nombre de  meurtres, de disparitions, de déplacement de paysans, ont radicalement augmenté depuis l'année 2002, surtout dans les régions où la présence de la Force Publique est la plus forte: Tame, Saravena, et Arauquita. La "Sécurité Démocratique" a créé dans ces communes ce qu'on a appelé des "zones de réadaptation et de consolidation", que l'honorable Cour Constitutionnelle a abolies. Cependant, dénonce Amnesty, les procédures interdites n'ont pas cessé d'être utilisées, en contrevenant non seulement au mandat constitutionnel mais en méprisant le Droit International Humanitaire. Les liens entre les militaires et les paramilitaires continuent à exister, comme le confirment et le réaffirment la Defensoría du Peuple, la Proceduria et les Nations Unies. Les procureurs sont loin et agissent généralement post facto, en légitimant les attaques. Occidental Petroleum de Los Angeles, qui a tant influencé l'orientation et le développement du Plan Colombie, est accusée par Amnesty de coresponsabilité dans le bombardement de civils à San Domingo et, à travers le financement de bataillons accusés de connivence avec le paramilitarisme, d'attiser l'incendie en Arauca.

De sorte que pour Amnesty International, la "Sécurité Démocratique" est une stratégie destinée à impliquer de plus en plus de civils dans la guerre ; soi-disant à côté du Gouvernement, mais dans la réalité, en les poussant vers les extrémistes. Le "volontaires paysans" et le réseau d'informateurs civils mettent dans la ligne de mire de la guérilla non seulement leurs membres, mais aussi leurs familles. À leur tour, ces dernières prises au piège accomplissent une fonction clef : dénoncer publiquement les défenseurs de droits humains, des journalistes, des syndicalistes, des politiciens et des leaders paysans, pour que les paramilitaires terminent de faire le travail. Le résultat est considéré par AI comme une violation flagrante du principe de distinction entre combattants et non combattants, et par conséquent des Conventions de Genève. en dénonçant cette situation, le rapport de AI cite une phrase présidentielle : "Personne ne peut être neutre dans la lutte de l'État contre les criminels". C'est la polarisation forcée de la population civile, c'est la militarisation du conflit social, c'est l'état de guerre généralisé.

Si, pour la plupart des habitants d'Arauca, la "Sécurité Démocratique" n'a apporté que douleur et sang, les compagnies pétrolières par contre en ont retiré de grands bénéfices : Occidental Petroleum (OXY) vient de se voir octroyer une prorogation du contrat d'exploitation jusqu'à 2008. Une des raisons de la grève des ouvriers de cette industrie qui vient de se déclarer est de protester contre la prolongation des privilèges pour OXY (USA), au détriment de la compagnie nationale Ecopetrol,. Combien de morts colombiens coûtera cette nouvelle et honteuse concession aux intérêts pétroliers de l'OXY, dont, paraît-il, Mr Chenney, vice-président des USA, est un des actionnaires ?

 

La négociation sans Marronnier
Caricatura
Alfredo Molano Bravo : Arauca
Ramiro Bejarano Guzmán : Assaut radial
Armando Montenegro : Hauts et faibles
Humberto de la Rue : Manoseo à des organes de contrôle
Eduardo Pizano : Femmes : Ils nous laissent en arrière !
Iván Marulanda : Buche et plume
Iván Cepeda Châtre : Vulgariser la violence
Felipe Zuleta : Autre forme de discrimination
Lorenzo Madrigal : Florecitas d'alhelí
Lisandro Duc Naranjo : Mamertismo
Francisco Gutiérrez S : Carrefour
Joaquin Stefania * : les sept péchés capitaux de l'Amérique latine
Langues bibliques ; invasions mûres
Gazapera
Lettres des lecteurs


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