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DISPARITION
FORCEE:
LA TORTURE DE L'INCERTITUDE
Par Elizabeth Yarce, El Colombiano, 14
avril 2003
- A Medellin on s'inquiète de l'augmentation
des cas en 2003.
- Des familles demandent aux illégaux de ne plus recourir à
cette pratique qui porte atteinte aux droits humains.
- L'an dernier, 241 personnes ont disparu dans cette ville.

Des familles attendent
pendant des années le retour de leurs proches, bien que,
passé un temps ils se résignent à leur mort et vivent
dans la recherche de leurs êtres chers "vivants ou
morts". On n'a retrouvé que 10 % des corps des
disparus à Medellin, tous avec des traces de tortures. |
La seule chose de ce 11 mars 2003 dont se souvienne sa famille,
c'est que des hommes armés l'ont sorti de la maison, l'ont
conduit dans une cour et l'ont passé à tabac. Ensuite ils l'ont
emmené et aujourd'hui sa famille ne sait que faire: attendre de
pouvoir retrouver son corps quelque part ou croire qu'un jour il
frappera à la porte, vivant.
C'est tout ce qu'on sait d'Antonio Carvajal, membre du MOSDA
(Mouvement Social des Déplacés d'Antioquia), sorti de force de
la maison d'un de ses proches dans le quartier d'Aures, à l'est
de Medellin, par un commando armé non identifié qui a dit que ce
n'était pas un enlèvement.
« C'était un leader; beaucoup de gens quittent le quartier
de La Honda parce que les menaces continuent et que de nombreuses
personnes disparaissent à Medellin », rapporte un de ses
proches amis.
«Quand quelqu'un est tué, c'est fini. Mais avec ces
disparitions, on devient fou. La dernière chose qu'on veuille
trouver un jour, c'est des cadavres , après avoir tant espéré
qu'ils soient vivants », confie une habitante de La Honda,
quartier du centre -est de la ville où a disparu Jorge Farleyson
Giraldo, 15 ans.
La même situation se répète dans de nombreux secteurs de la
ville sans qu'on sache à ce jour le nombre exact de disparus
cette année. «Les gens ne portent pas plainte, de peur que
ceci ne mette la vie de leur proche en danger s'il est encore
vivant, ou par crainte de représailles ou par panique tout
simplement », explique Yolima Quintero, membre de l'ASFADDES
(Association des Familles de Détenus et Disparus), de la section
d'Antioquia.
Cependant, elle observe que les cas de disparition forcée ont
augmenté à cause de la dégradation du conflit armé urbain.
« On dénombre au niveau national plus de 5000 personnes
disparues dans les cinq dernières années. On sait qu'en moyenne
dans ce pays deux personnes disparaissent chaque jour»,
ajoute Madame Quintero.
A ce propos, ASFADDES indique que les leaders communautaires,
les leaders populaires, les étudiants d'Université, les
opposants au gouvernement, les dirigeants politiques, les
défenseurs des droits de l'homme ou les personnes engagées dans
des organisations de base de quartier sont les plus exposés aux
disparitions. A ce groupe s'ajoute ceux qui sont impliqués dans
des affaires judiciaires, des personnes qui par le passé ont
milité dans des groupes armés, des personnes déplacées, des
familles d'insurgés, des témoins de délits.
« Aujourd'hui les choses changent car outre ces situations,
vous pouvez disparaitre pour avoir salué quelqu'un, pour vous
être trouvé au mauvais endroit ou pour avoir entendu ce qu'il ne
fallait pas entendre », commente Marta, qui attend Julio
Eduardo Molina et Guillermo Anzola disparus il y a huit ans à
Puerto Triunfo.
El Paredon
A la limite entre les communes 13 et 7, à l'ouest de la ville,
des organismes défenseurs des droits humains du secteur ont
dénoncé la disparition de plusieurs personnes qui avaient
rendez-vous dans un lieu connu comme "el Paredon".
D'autres ont été enlevées dans leur propre domicile et ne sont
pas réapparues. D'autres encore sont parties travailler un matin
de décembre et ne sont pas rentrées.
« Ici, la situation est très complexe parce qu'on a peur
de porter plainte. Les gens sont enlevés sur un simple soupçon
et les groupes armés prennent les jeunes et les leaders du
quartier en filature, à la recherche de connexions avec la
subversion. Il y a des gens qui sont partis dans d'autres
quartiers au nord-est, mais les groupes armés vont jusque-là et
les enlèvent. Des corps, on n'en retrouve aucun, c'est une
situation sans issue », explique-t'elle.
D'après les plaintes remises à ce journal, depuis octobre de
l'an dernier, vingt habitants des deux communes ont disparu.
A ce propos, le Comité de Défense du Peuple à Bogota, dans
le cadre du système d'alertes précoces dit la chose suivante: «
Les menaces, signalements, intimidations, déplacements au
compte-gouttes, disparitions forcées, assassinats sélectifs et
massacres continuent dans la commune 13. Dés que les
représentants de l'ordre public (police et Armée) reprennent le
contrôle, les acteurs illégaux armés (milices d'autodéfense)
utilisent des procédés violents contre la population civile pour
occuper le terrain et "reconstruire le tissus social" .»
La foi
Selon ASFADDES, si on prend en compte les statistiques de la
Médecine Légale, 241 personnes ont disparu dans la capitale du
département d'Antioquia l'an dernier. Mais elle averti que ces
statistiques ne sont pas fiables étant donné que beaucoup de cas
ne sont communiqués ni à la Justice ni à l'association.
« Dans toute l'histoire de l'association à Antioquia,
seules deux personnes sont revenues vivantes, 10 % ont été
retrouvées mortes avec des traces d'horribles tortures physiques
et 90 % ont absolument disparu», précise un membre
d'ASFADDES.
Il y a des familles qui attendent leurs proches depuis plus de
vingt ans. Beaucoup se refusent à retrouver leurs êtres chers
torturés, mais ils essaient de mûrir leur douleur. « Chaque
année nous célébrons l'anniversaire de la naissance et non pas
la date anniversaire de la disparition comme s'ils étaient morts.
Après tant de temps, ce qui nous importe le plus, c'est de
trouver le corps et de lui donner une sépulture, bien que
l'idéal serait de les voir vivants», commente Yolanda
Quintero.
D'autres s'enfoncent dans une douleur éternelle et refusent de
se séparer des affaires de leur parent disparu. « Cela a
été un déchirement de déménager parce que malgré les longues
années qui se sont écoulées, on reste toujours accroché à
l'idée qu'un jour quelqu'un frappera à la porte et ce seront
eux, même si dans notre for intérieur nous savons (et nous
refusons d'accepter) qu'ils nous sont désormais inaccessibles.»
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Juan Antonio Sanchez
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