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20/01/03 : Une
crise humanitaire
Ce ne sont plus des
normes dont a besoin le pays mais d'argent et d'action pour faire
face au problème des Droits de l’Homme.
Pour la première
fois, un président colombien a reconnu publiquement non seulement
que le pays souffrait d’une crise humanitaire, comme l’a fait
Alvaro Uribe, mais que, sans être totalement convaincu, il avait
offert au Bureau des Droits Humains de l’ONU de prolonger son
mandat, qui devait être renouvelé annuellement, jusqu’en
octobre 2006. Cette démonstration officielle de reconnaissance de
la gravité de la situation ne fait que confirmer maintenant le
récent rapport de Human Rights Watch.
La lecture des
thèmes et des chiffres donne la chair de poule.
Déplacement
forcé : plus de 350 000 nouveaux déplacés entre
janvier et septembre 2002 selon l’ONG Codhes, qui doivent s’ajouter
à plus de 2 millions de personnes reconnues par le Réseau de
Solidarité.
Homicides :
28230, pratiquement 400 de plus qu’en 2001 selon la Police,
parmi lesquels 4 à 5000 liés directement au conflit.
Massacres :
malgré une lègère diminution (112 faisant 666 morts au lieu des
185 faisant 1039 morts en 2001 : les paramilitaires,
principaux auteurs, semblent avoir opté pour l’assassinat
sélectif), les chiffres et l’impunité des auteurs restent
impressionnants.
Kidnapping :
également en baisse (2931) mais néanmoins le record du monde.
Violations du
droit international humanitaire : près d’une
cinquantaine d’attaques avec des bombes, attentats sur des
ambulances et hôpitaux, exécutions sommaires, pratiquement 6000
enfants enrôlés par les groupes armés.
Impunité :
Human Rights Watch signale que, bien que les autorités révèlent
plus d’actions contre les paramilitaires, ceux-ci campent sur
leurs juridictions dans de nombreuses zones urbaines ; dans
la majorité des cas d’assassinats sélectifs (16 défenseurs
des droits de l’homme, un archevêque, 11 pères, une
religieuse, 20 pasteurs protestants et 2 Pentecôtistes, et près
de 150 syndicalistes jusqu’en novembre dernier), il n’y a
officiellement pas de responsable.
Et pour couronner
le tout, le terrorisme de la guerrilla avec des dizaines d’attentats
et de bombes qui ont coûté la vie à des milliers de civils
innocents.
Tout cela sans
parler du droit à une vie digne que 11 millions de
colombiens qui essaient de survivre avec 1 dollar par jour ne
connaissent pas.
Devant la froideur
avec laquelle quelquefois, de nombreuses personnalités condamnent
ou disqualifient les rapports des droits de l’homme et le
machiavélisme avec lequel on prétend que les ONG sont liées à
la guerrilla, la position du gouvernement Uribe est une
reconnaissance de la gravité du problème que nous avons entre
les mains.
Pour affronter
cela, il faut des ressources. Ces dernières années, on a investi
de l’argent pour éviter les déplacements, protéger des
menaces, améliorer la justice, mais ce n’est qu’un goutte d’eau
par rapport à ce qui doit être fait. Et avec l’ajustement
fiscal et le gros investissement dans la sécurité, le
gouvernement doit prévoir des fonds pour arrêter les effets
provoqués par la recrudescence de la guerre. Les déplacés, par
exemple ne peuvent pas continuer à s’entasser devant le siège
du Réseau de Solidarité.
La maladie
colombienne a atteint le même niveau de gravité que des pays
comme le Soudan. Pour cette raison, plus que des discussions sur
les moyens d'enrayer cette catastrophe humanitaire, il s’agit de
prendre des actions immédiates. C’est ce qu’avait demandé,
fin 2001, le rapport du Haut Commissionnaire des Nations Unies
pour les Droits de l’Homme ; en Colombie le problème n’est
pas le manque de normes ; le problème, c’est leur
application. Pourvu que la reconnaissance du Gouvernement et de
son dossier aux Nations Unies se traduisent par des mesures
urgentes, et permettent d’obtenir l’argent nécessaire pour
leur mise en pratique d’urgence.
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