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La presse colombienne sur notre kiosque international

La biographie d'Alvaro Uribe sur le site officiel de la présidence colombienne (en espagnol)

Le dossier Colombie de Latinreporters.com



COLOMBIE
L’échec de la force

Quelques jours après la mort de dix otages retenus par la guérilla marxiste, la Colombie n’en finit pas d’analyser le drame et de s’interroger sur l’attitude à adopter face aux guérilleros.

Le sergent Pedro Guarnizo, otage rescapé de l'opération

Le 6 mai 2003, les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont exécuté dix otages au moment où l’armée colombienne allait intervenir pour les libérer. Parmi les victimes se trouvaient Guillermo Gaviria, gouverneur du département d’Antioquia, et Gilberto Echeverri, ancien ministre de la Défense et conseiller du gouverneur pour la paix. Dans son édition du dimanche 11 mai, le quotidien “El Espectador” révèle que l’opération militaire visant à les libérer, baptisée “opération Monastère”, était préparée “depuis début février” par les autorités.

Selon “El Espectador”, qui s’appuie sur des rapports militaires, le feu vert aurait finalement été donné “le 1er mai à 9 h 30” par le président Alvaro Uribe, alors qu’il se trouvait en voyage officiel aux Etats-Unis. Les généraux Montoya et Ortiz, en charge de l’opération Monastère, “comprirent clairement ce jour-là que la décision était militaire et que le président avait décidé de ne pas consulter les familles des otages”, poursuit le quotidien.

Sacrifier les droits individuels

Avec le drame du 6 mai, c’est la grande question du bien-fondé des interventions armées pour libérer les otages qui revient sur le devant de la scène. Le débat divise la société colombienne depuis longtemps, entre d’un côté les partisans d’une solution négociée au conflit et, de l’autre, ceux qui prônent la force et une solution militaire, parmi lesquels le président Uribe. Conséquence : de difficiles négociations portant sur un accord “d’échange humanitaire” entre otages des FARC et guérilleros emprisonnés sont sans cesse remises en question.

“Pour ou contre les opérations de libération ?” s’interroge “Semana”, qui consacre cette semaine son dossier de une à cette question, jugée “kantienne”. “Le dilemme est de savoir jusqu’à quel point l’Etat peut sacrifier les droits des séquestrés afin de poursuivre le bien commun. Si les opérations de sauvetage réussissent, il y aura de moins en moins d’enlèvements car les incitations seront moindres. Mais jusqu’où doit-on sacrifier les droits individuels pour protéger le droit collectif ?” écrit l’hebdomadaire, qui rappelle aussi le débat qui avait conduit, il y a une dizaine d’années, à la suppression de la loi qui interdisait aux familles d’otages de payer les rançons demandées par les ravisseurs.

“Avec tant de morts, comment ne pas perdre espoir ?”

“Il y a des jours où le soleil nous illumine. Ce sont les jours où nous voyons se dessiner un accord humanitaire soutenu par des personnalités, d’anciens présidents de la République, l’Eglise, des ONG, qui parfois sont écoutées par le gouvernement”, affirme dans le même numéro Fabiola Perdomo Estrada, dont le mari, député, est séquestré depuis le 11 avril 2002. “D’autres jours, au contraire, l’angoisse et la terreur de ne plus jamais revoir nos proches vivants s’emparent de nos coeurs ; les jours où une opération armée échoue ou quand le gouvernement plaide pour une résolution strictement militaire sans mesurer le risque que courent les otages”, poursuit-elle, se faisant écho de la position quasi unanime des familles d’otages.

La plupart ont d’ailleurs demandé que “les Forces militaires cessent immédiatement toute autre tentative armée de libération d’otages”, rapporte le grand quotidien de Bogotá “El Tiempo”. Partisan de la manière forte, un éditorialiste du quotidien “El País”, de Cali, rétorque : “Ceux qui souffrent directement ne peuvent pas penser librement. […] On ne peut pas récompenser un délit comme l’enlèvement en rendant à la liberté et à leur organisation des guérilleros qui iront à nouveau grossir les troupes de la subversion pour commettre davantage de séquestrations et d’assassinats.”

En attendant, “avec tant de morts, comment ne pas perdre espoir ?” se demande Gloria Cuartas dans “Semana”. L’ex-maire de la petite ville d’Apartado, surnommée “la Mère courage” du fait de son combat pour la paix, conclut : “Il est urgent de réveiller la raison dans une nouvelle Colombie, au-delà de la tentation militaire et des moyens persuasifs de l’économie de marché, dont la guerre est un produit non négligeable.”

Anne Proenza


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