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| Des membres de la guérilla détenus par l'Etat
(AFP) |
Un accord à propos d’un “échange humanitaire” entre le principal
mouvement de la guérilla et le gouvernement colombien est de nouveau
d’actualité. Il permettrait, explique le quotidien colombien,
“El Espectador”, “le retour dans leur foyer des personnes séquestrées
aujourd’hui par les groupes illégaux.” Les Forces armées révolutionnaires
de Colombie (FARC, le principal mouvement de guérilla, forte de
17 000 hommes) sont prêtes à négocier un échange d’otages.
Aujourd’hui, près de 1 millier de personnes sont séquestrées par la
guérilla : 23 hommes politiques, dont l’ex-candidate à
l’élection présidentielle Ingrid Betancourt, 3 Américains,
47 militaires et 800 civils. Il existe pourtant plusieurs points
de désaccord entre la guérilla et le gouvernement.
Pour certains analystes cités par l’hebdomadaire “Semana”, un tel
échange “serait totalement inapplicable, car le droit international
humanitaire interdit la prise d’otages, et donc leur échange.” Ainsi,
rapporte “El Tiempo”, “la Croix-Rouge internationale se déclare
opposée à tout accord humanitaire avec les FARC et demande la libération
inconditionnelle de tous les captifs de la guérilla”. En fait, “les
ennemis de ce projet estiment, à raison, que cela peut raviver l’industrie
de la séquestration, et même la pérenniser. Selon les partisans de cet
échange, pour éviter toute récidive, il suffirait de réclamer aux FARC
qu’elles s’engagent à arrêter les enlèvements et les attentats contre la
population”, rapporte “Semana”. Un tel engagement serait de toute façon
une grande avancée si on considère qu’actuellement 3 000 civils
sont en moyenne enlevés chaque année, “plaçant la Colombie en tête du
classement mondial des séquestrations”, rappelle
“El Tiempo”.
Les huit cents civils attendront
“A quoi jouent les FARC ?” s’interroge pour sa part “Cambio”. Ce
magazine colombien remarque que, “alors que ce mouvement est de plus en
plus considéré comme un groupe terroriste dans le monde, il a réussi à
placer le thème de l’échange des otages au centre des débats dans le
pays”. Pour cet hebdomadaire, “les FARC souhaitent reprendre par ce biais
une place sur la scène politique, comme du temps des négociations de paix
[interrompues après trois ans en février 2002]”. Une manoeuvre qui
semble efficace : plusieurs anciens présidents colombiens se sont
réunis pour discuter de ce sujet la semaine dernière à Bogotá. Et “quatre
d’entre eux se montrent en faveur d’un accord qui libérerait les hommes
politiques et les militaires séquestrés en échange de la libération des
guérilleros des FARC”, note “El País” de Calí. D’après eux, “le
gouvernement comme la guérilla doivent absolument se mettre d’accord pour
libérer leurs prisonniers respectifs”. Par ailleurs, remarque
“El Tiempo”, “les familles des séquestrés aussi appuient la
proposition d’un échange humanitaire qui leur rendrait leurs êtres
chers”.
Cependant, le président Alvaro Uribe n’est pas convaincu. Il
prévient : “L’époque où les gouvernements dansaient au rythme imposé
par les FARC est révolue.” Le chef d’Etat a été élu grâce à son programme
de fermeté face à la guérilla, après l’échec des négociations de paix de
son prédécesseur. Selon lui, un tel échange humanitaire irait à l’encontre
de l’Etat de droit.
Certaines exigences des deux parties semblent donc encore incompatibles
aujourd’hui. En effet, dans leur proposition, les FARC exigent la
libération de la totalité des 400 rebelles emprisonnés mais refusent
toujours l’éventuelle libération des 800 civils qu’ils détiennent. De
plus, ils réclament de nouveau la création de “zones démilitarisées”, une
autre option inacceptable pour l’actuel président. Il reste donc peu de
place pour un véritable dialogue dans un futur proche. Et, pour
“El País”, “il manque encore beaucoup à la proposition des FARC pour
la considérer comme un geste honnête en faveur de la paix”.
Moïna Fauchier Delavigne
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