BOGOTA, 21 nov (AFP) - Populaire mais fragilisé par l'échec de son référendum sur une réforme de la politique, le président Alvaro Uribe voit tomber en déconfiture sa lutte contre la guérilla et la corruption en Colombie.
Coup sur coup les rebelles ont frappé les civils à Bogota, puis les intérêts pétroliers, et démontré ainsi leur regain de vitalité, au moment où le Congrès lui refusait les leviers financiers et réglementaires pour redresser le pays.
Le paradoxe s'aiguise entre un chef de l'Etat à poigne mais seul, malgré une popularité intacte, et une société bloquée par le refus des élites de renoncer à ses privilèges, avec en toile de fond une force publique inopérante.
Les faits illustrent la voie sans issue vécue par les 44 millions d'habitants dans un pays andin affamé de paix après 39 ans de guerre civile, avec plus de 200.000 morts.
Elu en 2002, pour un mandat de quatre ans, pour liquider les guérillas des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et de l'Armée de libération nationale (ELN), le chef de l'Etat a jusqu'ici échoué dans ce programme militariste.
Malgré les cris de victoire de ses généraux à chaque reddition d'un rebelle, les FARC ont démontré, 15 mois après l'investiture d'Alvaro Uribe, l'étendue de leur présence.
En plein coeur de Bogota, une femme a été tuée et 72 autres consommateurs, dont trois Américains, ont été blessés samedi par deux grenades lancées par un rebelle de cette guérilla sur les terrasses des deux bars les plus fréquentés.
Dans l'intérieur, au centre d'une zone pétrolière vitale pour l'économie du pays, les FARC ont provoqué la suspension des livraisons d'or noir entre Orito, à 1.000 km au sud-ouest de la capitale, près de l'Equateur, et le port de Tumaco sur le Pacifique, après une vague d'attentats mardi et mercredi.
Long de 306 km, l'oléoduc Transandin y a été dynamité en trente endroits, et dix-huit puits pétroliers ont été frappés. L'arrêt du pompage de brut provoque une perte de 150.000 dollars par jour pour l'économie du pays.
Ces attaques en chaîne ont amené le président à reconnaître jeudi "l'échec de la force publique dans la défense de l'infrastructure pétrolière".
Les Colombiens sont de plus en plus conscients, en dépit de leur ferveur affichée pour le chef de l'Etat, d'avoir fomenté une statue aux pieds d'argile face à la puissance des élus et des classes dominantes.
Le second pan du programme présidentiel, destiné à éradiquer la corruption, vient ainsi de sombrer corps et bien.
Le Congrès a rejeté jeudi un projet de loi contre la corruption politique, identique aux 15 questions du référendum perdu le 25 octobre faute du quorum de 25% de participation, puis un réajustement de 16 à 17% de la TVA pour financer la guerre contre les groupes armés.
Les 268 députés et sénateurs vont ainsi continuer de pouvoir nommer qui bon leur semble comme suppléant à tout moment, avec les revenus et retraites afférentes, de l'ordre de 6.000 dollars par mois, quand le salaire de 80% des Colombiens plafonne à 230 dollars mensuels.
Le même trait a été tiré sur la possibilité d'interdire aux élus convaincus de corruption de se représenter, alors que les mêmes membres du Congrès continueront de bénéficier d'aides financières de l'Etat sans contrôle dans leurs circonscriptions.