A
CARACAS, une Française a notamment été kidnappée récemment au
Venezuela. Les enlèvements sont devenus monnaie courante dans cette région, la plus affectée de la planète par ce fléau générant chaque année des millions de dollars.
Le phénomène est particulièrement répandu en Colombie, où une moyenne de huit personnes sont séquestrées chaque jour, au Mexique et au Brésil. Ces trois pays détiennent le record mondial des rapts, selon le livre "Le négoce de l'enlèvement", publié par le Centre de politique extérieure (CPE), basé à Londres.
Les enlèvements par des hommes armés d'un couple de Français au Guatemala et d'une jeune Française au Venezuela, le 8 décembre, sont venus s'ajouter à d'autres cas récents ayant défrayé la chronique, dont celui du rapt du beau-père de la présentatrice de télévision Susana Gimenez en Argentine.
Au-delà de ces affaires ayant un retentissement médiatique, des dizaines de personnes sont kidnappées chaque jour dans la région, ce qui rapporte quelque 500 millions de dollars aux ravisseurs annuellement, selon les estimations de la Britannique Rachel Briggs citées dans l'ouvrage du CPE.
A Caracas, 3,9% des adultes indiquent avoir eu un parent séquestré ou l'avoir été eux-mêmes, alors qu'à Cali, l'une des villes les plus dangereuses de Colombie, ce chiffre n'est que de 1,4%, selon une enquête de la Banque interaméricaine de développement (BID).
La Colombie est, avec une moyenne annuelle de plus de 3.000 enlèvements, le pays où ce fléau est le plus répandu. En 2000, un record a été atteint avec un total de 3.706 enlèvements, contre 2.982 en 2002, soit le chiffre le plus faible des dernières années, selon l'organisation non gouvernementale colombienne Pais Libre (pays libre).
2003 a été l'année la plus chargée en enlèvements d'étrangers en Colombie. Huit touristes, aujourd'hui libérés, y ont été enlevés en septembre par la guérilla de gauche, qui détient également depuis février trois Américains dont l'avion a été abattu et, depuis février 2002, l'ex-candidate des Verts à l'élection présidentielle, Ingrid Betancourt.
Au Mexique, 732 enlèvements, affectant spécialement les classes moyennes et les plus aisées, ont eu lieu en 2001, selon des chiffres des services de justice. D'autres sources officielles estiment cependant que ces chiffres ne sont pas fiables car ils n'incluent pas tous les "rapts express", ne durant que quelques heures, qui ne sont souvent pas dénoncés par les victimes.
En Argentine, l'enlèvement crapuleux n'affecte pas que les personnes riches ou célèbres mais également des personnes aux revenus modestes, au rythme moyen d'un cas quotidien.
Au Venezuela, quelque 250 personnes sont actuellement aux mains de leurs ravisseurs, selon Ivan Simonovis, ex-responsable de la sécurité de Caracas.
L'un des derniers cas répertoriés dans ce pays est celui de la jeune étudiante française Stéphanie Minana, sequestrée alors qu'elle rendait visite à son frère résidant à Valera, capitale de l'Etat de Trujillo, située à 500 km au sud-ouest de Caracas.
En Amérique centrale, le phénomène concerne principalement le Honduras, le Salvador et le Guatemala, où des dizaines de cas sont signalés chaque année. Dans ce dernier pays, deux Français, Sonia Jimenez Rojas, d'origine colombienne, et son compagnon, Olivier Barouk, ont été enlevés à leur domicile dans l'ouest du pays.
Les ravisseurs n'ont pas demandé de rançon, contrairement à ceux de Stéphanie Minana, qui réclament deux millions d'euros pour sa libération.
Les autorités et les polices des différents pays latinoaméricains affectés par cette vague d'enlèvements crapuleux ou politiques, comme en Colombie, se sont mobilisées pour tenter d'y mettre un terme. Mais elles n'ont toujours pas réussi, malgré certains succès, à enrayer le fléau de façon significative.