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Sur les traces d'Íngrid
Andrea Cheer, Paris
Le mouvement pour la libération d'Íngrid Betancourt a eu,
la semaine passée, son moment de plus grande résonance dans les
rues et les media européens.
Souyakim, étudiante coréenne en sciences politiques
à la Sorbone porte une pancarte sur laquelle on peut lire : "Libérez
tous les séquestrés de Colombie". Elle porte un vêtement noir qu'elle
a préféré laisser déboutonné pour laisser à découvert son T-shirt
imprimé avec le portrait d'Íngrid Betancourt. Souyakim n'est ni une
amie ni une parente
d'Íngrid et elle ne connaît pas la Colombie. Elle sait seulement
qu'aujourd'hui, 22 février, cela fait 729 jours qu'Íngrid
Betancourt a été kidnappée par la guérilla des Farc. Avec plus d'un millier de manifestants
qui se sont donné
rendez-vous dans 39 pays et dans plus de 50 villes au monde, elle exige, dans
cette Première Journée Internationale des séquestrés en Colombie, sa libération immédiate.
Le mouvement de solidarité, créé quelques jours après le
kidnapping, a passé les barrières du temps, de l'ignorance et de la
géographie. Il a commencé il y a deux ans comme une campagne
d'information sur Íngrid, sa vie et ses idées politiques.
Grâce à Internet et à un travail délicat de coordination, ceux qui s'intéressent
au conflit colombien et à la situation d'Íngrid se
sont regroupés et, progressivement, ils ont créé les comités de soutien.
"Il existe actuellement plus de 280 comités de soutien dans le
monde", dit Armand Burguet, animateur et coordinateur international de
l'association européenne "Íngrid pour la paix". Plusieurs
projets ont mûri pour promouvoir la campagne initiale
d'information. "Nous avions rédigé une pétition pour exiger la
libération d'Íngrid et de celle de tous les civils kidnappés. Ce document a été traduit
en cinq langues et jusqu'à présent nous avons comptabilisé plus de 150.000 signatures ", ajoute
Burguet. Outre cette pétition on a aussi rédigé un appel à
l'opinion publique internationale, parmi les signataires duquel figurent
l'écrivain
Chilien Isabel Aliende, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras,
l'auteur mexicain Carlos Fuentes, le romancier français Jean
Lacouture, l'américain Keneth Roth, le directeur de l'organisation
Human Rights Watch et l'auteur et philosophe argentin Ernesto
Sábato.
La campagne
En juin 2002, les comités de soutien ont entamé la campagne
mondiale "Íngrid Betancourt Citoyenne d'Honneur" afin de
promouvoir les actions entreprises pour sa libération et celle de tous les kidnappés. À l'initiative des comités de soutien locaux
ou de manière spontanée, des élus ont accordé à Íngrid Betancourt la
"Citoyenneté d'Honneur" de leur ville, de leur commune ou de
leur municipalité respectives. L'objectif était double : d'une part, informer et sensibiliser la
population sur la situation d'Íngrid,
indépendamment des opinions politiques, et
d'autre part, de créer une "prise de position des citoyens" pour défendre les droits humains
et maintenir ceux-ci au coeur du débat
politique en Colombie, à l'échelle internationale. Grâce au cas personnel d'Íngrid
les comités cherchent à apporter un soutien à toutes les
personnes privées de liberté en Colombie.
Il y a eu un film, une ballade et jusqu'à une chanson en rap en
l'honneur d'Íngrid.
Selon Colombe Satiel, chargée de presse de la
campagne, "quand des personnes sont en captivité elles n'ont plus de voix,
et c'est grâce à nous, à notre mobilisation, que leur lutte prend forme et et peut être
extériorisée. Je suis sûre - a-t-elle ajouté - que pour beaucoup de
ceux qui sont présents
aujourd'hui, Íngrid est simplement un nom, un nom utilisé pour informer sur le
phénomène du kidnapping et rechercher des explications au
conflit que vit la Colombie ".
Selon les chiffres enregistrés par le réseau de solidarité
(www.betancourt.info), Íngrid a été déclarée citoyennne d'honneur
dans plus de mille villes, communes et régions en France, en
Colombie, en Belgique, en Espagne, en Argentine, au Canada, en Italie, en
Irlande, au Mexique et aux Etats-Unis, entre autres.
Sur les traces d'Íngrid, les sentiers bifurquent.
Pour les élèves francophone de 10 à 18
ans, il existe un projet qui leur donne la possibilité de 'participer
à des conférences interactives sur internet (www.educweb.org). Grâce
à une série d'activités organisées
pendant l'année scolaire, les participants ont accès à un
matériel d'étude qui leur permet de comprendre, d'approfondir et de débattre
de sujets comme le trafic de drogue, l'utilisation de la violence contre
la population civile, le kidnapping et la situation des droits
humains en Amérique latine, avec une emphase spéciale sur le cas de la
Colombie. Parmi les conférenciers virtuels on trouve les sociologues Marie
Nagy et Liliana Pèlerin, Armand Burguet,
auteur de la première initiative européenne pour la libération des kidnappés en Colombie, et Mélanie Delloye,
la fille d'Ingrid.
Des lettres
La Colombie, Íngrid et les kidnappés ont
trouvé écho dans la culture, la musique et le cinéma dans les lieux plus
reculés. Une vitrine permanente qui rend hommage à Íngrid
Betancourt à l'occasion du second anniversaire de son kidnapping a été
inaugurée le 23 février passé au "Mémorial de Caen", le
musée le plus visité de la province française. En Utah
(Etats-Unis), le film- documentaire "Missing Peace", inspiré par l'histoire réelle d'Íngrid et la lutte désespérée de sa
famille pour obtenir sa libération, a obtenu l'"Audience award for
best feature", prix accordé par le public dans la catégorie de la meilleure réalisation.
Parmi ceux qui ont apporté leur appui et leur solidarité il y a la
chanteuse Zouzou Thomas, Bruno Bobigny, Raphael Roly ou les étudiants
du lycée français de Champagnole qui ont choisi de composer
des chansons de protestation dans des rythmes divers. Pour preuve des titres éloquents comme le rap
"une bouffée
d'oxygène" (une Bocanada d'Oxygène) ou la ballade "Libérez-les,
Libérez-la" (Libérenlos, Libérenla).
Souyakim la Coréenne a donné sa pancarte à un autre
manifestant. À quelques mètres du Mur pour la Paix, sous la
Tour Eiffel, la caravane s'arrête. Souyakim s'éloigne de la foule et trouve un lieu où
elle peut s'asseoir pour écrire. Le stand de la campagne "aéropostale-3000"
met à la disposition de ceux qui ont pris part à la marche, un listing avec les noms
de tous les kidnappés, pour leur
envoyer un message de soutien. Aéropostale-3000 est un projet
d'origine européenne, conçu et développé par le réseau de
solidarité pour que toute personne qui le souhaite puisse envoyer une lettre
à un kidnappé en Colombie. La procédure est centralisée, c'est-à-dire que toutes les lettres arrivent
à la même adresse : Place
Íngrid Betancourt, Egalayes F-26560 France, et de là, via l'ambassade de Colombie en France et la Croix Rouge
Internationale, la correspondance arrive à sa destination finale.
Souyakim passe son doigt sur la liste puis s'arrête : "Gloria Esperanza Acosta, 35
ans, enseignante. Kidnappée depuis deux ans...
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