Communiqué des FARC 
et de leur dirigeant Raul Reyes

Colombie, 13 mars 2003

1. Comment se sent, moralement et physiquement, Ingrid Betancourt ? Ce point nous intéresse également dans la mesure où le gouvernement et le peuple français ont prouvé qu’ils suivaient de près le cas d’Ingrid Betancourt même si ici, en Colombie, les autorités font preuve d’indifférence.

La señora Ingrid, de même que toutes les personnes privées de liberté que ce soit dans les prisons d’État ou dans les forêts colombiennes attendent impatiemment leur libération et le retour à des activités normales. Ingrid est en bonne santé, mais son moral ne peut évidemment pas être bon vu l’absence de volonté politique du président Uribe Vélez. En effet, il ne fait rien pour trouver une solution définitive au problème des prisonniers de guerre aux mains du gouvernement d’une part et des FARC-EP d’autre part. Ingrid, quant à elle, est soutenue par les démarches du gouvernement français en vue de sa libération. Sa famille à commencer sa maman madame Pulecio, ainsi que son mari et ses enfants cherchent à la faire libérer.

2. Un an après le processus de paix, qu’est-ce qui attend le pays ? Et les FARC ?

Maintenant que toute tentative de dialogue en vue de la paix est exclue et que le gouvernement a fermé toutes les portes à une issue politique en concertation, c’est la guerre totale qui attend le pays. L’oligarchie et les directives libérales et conservatrices du président Uribe en sont les causes.

Les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie doivent poursuivre leur combat politique et lutter au quotidien pour les libertés et les droits des travailleurs jusqu’au jour où elles parviendront à la paix et à la justice sociale. C’est la seule façon que nous ayons d’obtenir la paix en Colombie et nous ne pouvons être indéfiniment en guerre.

3. L’accord humanitaire vous semble-t-il plus proche qu’il y a six mois ?

L’échange de prisonniers se fera tôt ou tard. La dynamique même de confrontation politique, économique, sociale et armée que connaît notre patrie conduit à l’échange humanitaire car il est inhérent à la guerre que l’État mène contre le peuple et ses organisations révolutionnaires armées faisant usage de leur droit à la rébellion.

Les FARC-EP campent fermement sur leurs positions et réclament l’échange tandis que le gouvernement par ses attitudes ambiguës continue à refuser de répondre à nos propositions.

4. Au vu du désaccord entre le gouvernement et les FARC, quelle solution voyez-vous pour permettre à l’Accord humanitaire de voir le jour ?

Il est indéniable que l’insistance et la pression des familles, amis, gouvernements -comme le gouvernement français- et personnalités colombiennes et étrangères peuvent contribuer positivement à ouvrir la voie de l’échange de prisonniers voire à la libération de toutes les personnes détenues.

5. Est-il envisageable qu’Ingrid soit libérée en dehors du cadre d’un échange de prisonniers ?

Il faut comprendre que tous les prisonniers politiques des deux camps seront libérés si un accord est conclu entre le gouvernement colombien et les FARC, en dehors de ce cadre, la libération d’un ou plusieurs prisonniers est difficile.

6. Quelles personnes, d’après vous, pourraient faire partie d’une commission de dialogue ou de rapprochement avec le gouvernement ?

Les FARC se limitent, sans citer personne, à exiger du gouvernement la nomination d’une commission officielle chargée d’élaborer et signer avec nos représentants l’accord d’échange qui mettrait fin à la détention des prisonniers de guerre des deux camps.

7. Comment expliquer à la Colombie les actes de rébellion dont le président Uribe et le haut commandement militaire vous accusent d’être responsables ?

Le président Uribe Vélez et le haut commandement militaire ont déclaré la guerre totale à la guérilla en utilisant comme prétexte la lutte contre le terrorisme, en fait, ils estiment à tort que, de cette manière, ils pourront réduire à néant la capacité et la volonté de lutte révolutionnaire des FARC-EP. De plus, ils oublient que la guérilla, c’est le peuple. Un peuple qui a pris les armes et qui est disposé à combattre, par tous les moyens et jusqu’au bout, l’injustice sociale par laquelle on veut instaurer la paix.

Ils oublient également que la guérilla mène la bataille politique pour la nouvelle Colombie et qu’elle fait fi de ce que pourraient dire ou faire les représentants


AlterFocus : info Ingrid Betancourt www.Betancourt.info