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Qui était "Don Diego"? Pourquoi le présente-t-on comme l'un des plus grands trafiquants de drogue du monde?
- Diego Leon Montoya a été, à la fin des années 90 et au début des années 2000, le chef des "Machos", un puissant gang de narcotrafiquants opérant dans le département de Valle del Cauca, situé au Sud-ouest de la Colombie. En 2004, sa rivalité avec le gang rival des "Rastrojos" a provoqué 500 morts... Et cette année-là, la production de cocaïne de cette région pauvre et particulièrement violente a bondi de 11%. Voilà pourquoi il figure parmi les dix criminels les plus recherchés par le FBI, d’ailleurspas très loin de Ben Laden ! Les Etats-Unis demandent son extradition depuis 7 ans. Mais il est toujours parvenu à échapper à la police, à l'armée et aux agents du DEA (l'agence américaine de lutte contre la drogue très présente en Colombie), grâce à des complicités parmi les forces de l'ordre. L'implication d'une demi-douzaine d'officiers colombiens dans sa cavale a provoqué un scandale, après les révélations du quotidien El Tiempo en août dernier... Et sans doute sa chute.
Les autorités colombiennes s'enorgueillissent de cette arrestation... L'opération mérite-t-elle vraiment ces lauriers?
- L'arrestation est un modèle du genre : les imagesde "Don Diego", boiteux et amaigri, montant dans un hélicoptère de l'armée, ont fait le tour de la Colombie. Comme ses déclarations : "je ferai face à la justice." Il ne se passe guère de jour sans qu'une semblable arrestation - de malfrat, de trafiquant, de paramilitaires... - ne fasse les choux gras des médias nationaux. Mais en vérité, l'opération soulève de nombreuses questions. "Don Diego", qui ne se déplaçait jamais sans sa garde armée jusqu'aux dents, a été cueilli dans la maison familiale, en T-shirt et en caleçon ! Et cela grâce à un "renseignement" policier tombé du ciel. N’oublions pas que nous sommes en Colombie : ce genre d'arrestation n'intervient pas par hasard. Elle fait suite à la chute de nombreux "caïds" des anciens cartels qui ont aujourd'hui perdu la main au profit des milices paramilitaires. Ces milices quadrillent le département de Valle et sont devenues, avec la guérilla des Farc très présente dans le secteur, les véritables organisateurs et bénéficiaires du trafic.
Cette arrestation aura-t-elle un impact sur le trafic de drogue en Colombie?
- L'arrestation fait sans doute plaisir à l'administration américaine qui, jusqu'à une date récente, accordait 5 milliards de dollars d'aide directe à la Colombie, notamment pour éradiquer le narcotrafic... Les autorités colombiennes ont déjà annoncé que l’extradition de "Don Diego" devrait avoir lieu dans les deux mois à venir. Mais cette arrestation ne changera rien à cette économie florissante. En concentrant la culture, le raffinage et l'exportation de la cocaïne, les cartels des années 80 ont inventé une véritable industrie qui représente désormais un quart du produit national colombien. Aujourd'hui, ce sont les groupes armés illégaux qui en ont pris le contrôle. Les Farc, d'une part, qui protègent les cultivateurs d'origine indienne, et les paramilitaires d'autres part, ces milices privées, censées combattre la guérilla et financées par les grandes propriétaires et les entreprises, qui sécurisent les labos et les routes. Officiellement démilitarisées l'an dernier, elles se sont immédiatement reconstituées : les "aigles noirs" terrorisent le pays et ont fait élire des maires et des députés qui leur doivent beaucoup... Au printemps, ce sont les liens entretenus par l'entourage immédiat du président Uribe avec les paramilitaires qui ont semé le trouble. Au cœur de l'économie et de la vie politique, le narcotrafic gangrène, de bas en haut, toute la société colombienne.