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Dans Le Nouvel Obs, trois questions posées par Sarah Halifa-Legrand au journaliste Sylvain Courage
Peut-on réellement tirer comme conclusion du témoignage du lieutenant John Franck Pinchao qu’Ingrid Betancourt est encore en vie ? Dispose-t-on d’autres éléments allant dans ce sens ?
- Les diplomates français et les négociateurs européens croient en grande partie au témoignage de Pinchao. Mais ils doutent des conditions de son évasion : selon eux, les guérilleros des Farc l'auraient laissé filer. Selon cette thèse, la rocambolesque évasion (17 jours dans la jungle) serait une manière d'apporter des nouvelles de Betancourt et de son assistante sans avoir à fournir de "preuve de vie", car la "preuve de vie" qui n'a pas été renouvelée depuis bientôt quatre ans fait partie du bras de fer entre les Farc, les négociateurs internationaux (France, Espagne, Suisse et depuis peu Venezuela) et le gouvernement colombien d'Alvaro Uribe. Dans une interview donnée à nouvelobs.com, Juan-Carlos Lecompte, le mari colombien d'Ingrid Betancourt, a indiqué qu'au cours d'une conversation privée, Pinchao lui a donné des détails - un tatouage sur les pieds d'Ingrid, des souvenirs et des expressions typiques... - prouvant qu'il avait bel et bien côtoyé son épouse. Reste à savoir à quelle date précisément...
- La libération unilatérale d'une centaine de guérilleros décidée par Uribe en mai dernier ne correspond pas à la première revendication des Farc : avant d'entamer toute négociation sur un échange humanitaire de leurs otages politiques contre les membres de leur organisation détenus en Colombie, les Farc exigent la démilitarisation d'une zone de 800 kilomètres carrés autour des localités de Florida et Pradera, dans le Sud-ouest de la Colombie. Or, le président Uribe rejette catégoriquement cette demande : de 1998 à 2001, une zone démilitarisée beaucoup plus vaste encore avait été concédée par le président Pastrana. Les Farc en avaient profité pour instituer un début d'état autonome et donné, selon les autorités colombiennes, une grande extension au narcotrafic. Cette atteinte à l'intégrité nationale reste un traumatisme pour beaucoup de Colombiens... Inflexibles sur la démilitarisation de Florida et Pradera, les Farc n'ont pas réagi au geste d'Uribe. Au contraire, ils ont dénoncé une manœuvre visant à faire oublier le scandale de la "parapolitique" : les liens entretenus par d'éminents membres du pouvoir uribiste avec les milices paramilitaires qui ensanglantent le pays depuis dix ans. Pour les Farc, la libération d'une centaine de guérilleros ne présentait en outre aucun intérêt militaire ou politique.
- Chavez a tout à gagner en intervenant dans le dossier. Il gagne en respectabilité vis-à-vis de la communauté internationale et sort de son isolement. Il intervient dans les affaires colombiennes et fait avancer quelques projets transfrontaliers (oléoducs...) en obligeant Uribe à lui réserver le meilleur accueil sous peine d'être accusé de compromettre une éventuelle négociation. Il prend langue avec les Farc qui "déstabilisent" la région frontalière entre le Venezuela et la Colombie. Pour le leader vénézuélien, les risques ne sont pas très grands : il propose de rencontre le leader historique de la guérilla Manuel Marulanda afin d'explorer la possibilité d'une négociation. Si son initiative échoue, il aura au moins essayé... Uribe, lui non plus n'a pas grand chose à perdre : si Chavez réussissait, il lui retirerait une épine du pied. Et s'il échoue, lui le leader "révolutionnaire", la preuve de l'intransigeance criminelle des Farc serait une fois de plus administrée. Voilà pourquoi, sans doute, la presse colombienne se montre sceptique...