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"Il faut libérer Ingrid" !

25/09/2005 - El Espectador

Le cas d'Íngrid Betancourt complique à nouveau les relations entre la Colombie et la France. Les révélations publiées cette semaine par le journal équatorien La Hora, qui déclarait qu'un envoyé du gouvernement français discutait dans ce pays avec les Farc pour obtenir la liberté de l'ex candidate présidentielle a été la goutte qui a fait déborder le vase.

Le gouvernement colombien a réagi en envoyant au gouvernement français une note de protestation qui désapprouvait les contacts avec les Farc. Selon cette note, « ces contacts ont eu lieu sans leur connaissance ni leur autorisation » et « ces actions constituent une ingérence claire dans les affaires internes du pays ».

Toutefois, le message du gouvernement français est différent : il assure qu'il avait depuis longtemps « une autorisation du gouvernement colombien» qui lui permet de négocier pour obtenir la libération d'Ingrid Betancourt. « La France s'est mobilisée totalement pour obtenir la libération des otages grâce à un accord humanitaire et ces efforts sont menés à bien en vertu d'une autorisation donnée il y a longtemps par les autorités colombiennes », a déclaré à la presse un porte-parole du ministère des Relations Extérieures français, Denis Simonneau.

Pour sa part, le chancelier Carolina Barco a expliqué que le Gouvernement ne savait pas qu'un délégué français avait rencontré au début de ce mois Raul Reyes, le porte-parole des Farc et un de ses dirigeants. « On comprend qu'ils aient une préoccupation pour un citoyen français, mais dans cette préoccupation et dans leurs actions, ils doivent toujours respecter les principes de non ingérence dans les affaires internes d'autres états et respecter leur souveraineté », a affirmé Barco.

Alors que ce débat vient de s'enclencher, un comité d'officiels français arrivera la prochaine semaine à Bogota; ils participeront au "Forum de Biarritz", organisé par le Mayeurat de Bogota, et rencontreront des représentants du gouvernement colombien pour traiter le sujet. Parmi les personnalités qui viendront on trouve Francois Fillon et Pascal Drohaud, conseillers politiques du ministre Nicolás Sarkozy, l'ex chancelier français Michel Barnier et Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris.

Pascal Drouhaud a assuré à El Espectador qu'ils rencontreront le président Uribe, le Haut Commissaire pour la Paix, le Ministre de l'Intérieur et César Gaviria, entre autres. Les français veulent comprendre le processus de paix avec les auto-défenses, la réélection et évidemment les actions que prend le Gouvernement colombien pour obtenir la libération d'Íngrid Betancourt.

La première adjointe au maire de Paris a été interviewée par El Espectador sur la portée de cette visite.

P. le Pourquoi le maire Delanoe ne peut-il pas assister à la réunion de Biarritz ?

R. Dans les dernières semaines nous avons eu des problèmes avec le logement social, les logements insalubres et les Conseils municipaux, un débat démocratique inventé par le maire Delanoe. Le maire de Paris a programmé 20 réunions avec les Parisiens d'ici le mois de décembre et il ne peut pas les annuler.

P. Quels sont les objectifs du Mayeurat avec cette visite en Colombie ?

R. D'abord nous allons prendre part au Forum de Biarritz, qui est organisé depuis l'année 2000. C'est une rencontre de municipalités entre l'Amérique latine et l'Europe, qui se concentrera sur les sujets de démocratie locale et participative. Et, clairement, comme Paris a fait d'Íngrid Betancourt sa citoyenne d'honneur, nous devons penser à elle. Nous voulons qu'elle retrouve sa liberté, tout comme toutes les autres personnes qui sont détenues.

P. le Mayeurat a-il une demande spécifique du président Chirac en cette matière ?

R. Non, aucune. Nous sommes là dans un Mayeurat et ne représentons pas à la diplomatie française. La pression de l'opinion publique est très forte concernant la libération d'Íngrid. Nous n'avons aucun rôle de la part du gouvernement dans ce voyage.

P. Que cherche le Mayeurat en affichant un grand portrait d'Íngrid sur l'Hôtel de Ville?

R. ce que nous cherchons, c'est qu'elle ne soit jamais oubliée. Tant qu'elle sera prisonnière, elle restera là. Pour que chacun sache que nous nous en préoccupons. Le Maire s'est engagé à n'enlever le portrait qu'une fois Ingrid libérée.

P. Pourquoi l'affiche ne dit-elle pas qu'elle est kidnappée par les Farc ?

R. Je crois que tout le monde le sait. On sait que ce n'est pas le Gouvernement de la Colombie qui la détient. Personne ne pense qu'Íngrid ait été arrêtée par le gouvernement colombien. Je crois que c'est important qu'on voie la photo et qu'on se rappelle la nécessité de sa liberté.

P. Mais si Íngrid n'avait pas eu la nationalité française, que se que serait- passé ?

R. Il y a eu d'autres cas. Il faut savoir que Paris a une longue histoire dans les actions pour les droits humains et des valeurs comme la liberté. Le Mayeurat de Paris soutient plusieurs personnalités dans le monde qui pour plusieurs raisons sont privées de liberté. Nous parlons de tous ceux qui ont été privé de la liberté.

P. Concrètement, quel a été l'impact de cet acte symbolique ?

R. Une mobilisation très forte des Parisiens. Nous avons effectué plusieurs marches avec le Comité de soutien qui travaille au niveau national. Ce que nous voulons dans un sujet comme celui-ci, c'est qu'Íngrid ne soit pas oubliée. Nous croyons que tout ceci peut l'aider à supporter cette situation qui doit être très difficile. Il peut aussi faciliter une négociation et une discussion entre les parties. Ce n'est pas de la diplomatie ou de la politique, mais de la citoyenneté et cela compte.

P. Le cas d'Íngrid a fait que la Colombie est maintenant un sujet plus présent dans la société française. Non seulement à cause de son kidnapping mais aussi grâce au livre qu'elle a écrit : La rage au coeur. Quelques colombiens en Colombie et en France considèrent que le livre a produit une désinformation. Qu'en pensez-vous ?

R. Ceci ne justifie pas son kidnapping. Nous ne savons pas si c'est exact. Ce qui est par contre certain, c'est qu'elle a mené un combat sur le sujet de la démocratie et de la paix. Cela ne justifie pas qu'elle - ni des milliers d'autres personnes - vivent ce qu'ils vivent.

P. En Colombie on croit que tout ceci a produit une désinformation dans l'opinion publique française…

R. Là les gens croient qu'elle est détenue parce que c'est une femme politique. Qui a mené le combat politique à sa manière et que c'est ce qui est à l'origine de son kidnapping. Un pays où les femmes ont été des victimes de la violence. Tout ceci produit une image emblématique d'Íngrid Betancourt. En outre nous voulons tous que la Colombie devienne un pays en paix, où on puisse voyager et vivre tranquille.

P. Le Maire a été invité au Caguán. Le remplacerez-vous ?

R. Non, il n'a pas été invité. Il voulait aller en Colombie pour porter un message sur Íngrid. La seule chose que je peux vous dire est que pendant mon court séjour en Colombie, on ne m'enlèvera pas de l'esprit la libération d'Íngrid. Bien que ceci soit une affaire de la diplomatie et que notre rôle soit beaucoup plus modeste, nous essayerons de soutenir au maximum la cause pour leur libération.


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