|
||||||
Après 50 années de conflit interne dont les 10 dernières ont été particulièrement meurtrières, la loi «justice et paix», votée par le Congrès le 22 juin dernier, pourrait fournir un cadre légal dans le processus de démobilisation des combattants illégaux selon le gouvernement colombien.
Une loi durement critiquée par les organisations de Droits de l’Homme qui pointent du doigt l’impunité notamment des groupes paramilitaires qui ont commencé depuis 2 ans à remettre leurs armes...
Ces milices paramilitaires ont été créées dans les années 1980, par des trafiquants de drogue et des grands propriétaires terriens, pour protéger leurs biens contre les attaques des rebelles marxistes. Les "paras" de l'AUC contrôlent maintenant 40% des exportations de cocaïne. Ils ont infiltré l'appareil d'Etat et se sont approprié les meilleures terres. La nouvelle loi accorde à ces inavouables alliés de l'armée un «statut politique», naguère réservé aux seules guérillas révolutionnaires. Cela pourrait immuniser les chefs paras contre une demande d'extradition aux Etats-Unis pour narcotrafic. Voire leur permettre de faire une carrière politique.
Les AUC ont arraché à la guérilla plus de la moitié du pays, instituant la terreur des Caraïbes à l'Amazonie. Leurs massacres ont vidé des villages entiers. Selon la Commission colombienne des juristes, une organisation non gouvernementale de Bogota, les AUC ont perpétré 13 000 assassinats politiques et disparitions forcées de civils depuis 1996. Dont 2 300 depuis la «trêve» décrétée fin 2002 par les paras, au début des négociations.
La nouvelle loi prévoit pour les démobilisés convaincus de crimes contre l'humanité une peine de cinq à huit ans de détention. «Mais en comptant les diverses remises, ils purgeront une peine dérisoire. Et vraisemblablement dans une ferme à la campagne, comme ils l'ont demandé» , explique Eduardo Carreno, du collectif d'avocats Jose Alvear Restrepo, autre organisation non gouvernementale colombienne.
La loi instaure un fonds spécial d'indemnisation aux victimes, alimenté par les biens mal acquis des chefs paras. «Mais la plupart de leurs biens sont au nom de tiers», observe le juriste. La réparation promise risque de rester symbolique.
Plus grave, selon Eduardo Carreno : «Dans la plupart des massacres commis par les paramilitaires, l'armée, la police ou les services secrets sont complices, par action ou par omission. Or, la nouvelle loi n'évoque à aucun moment la responsabilité de l'Etat.» ...
Voir aussi :