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Les narcotrafiquants, principaux obstacles à la démobilisation des paramilitaires

29/09/2004 - Le Courrier International, Las voces del secuestro, La Prensa (Panama)

Le processus de paix engagé avec les paramilitaires colombiens apparaissait mardi à Bogota comme définitivement compromis après l'annonce de profondes divisions entre les différents groupes d'extrême-droite et leur infiltration par les narcotrafiquants qui veulent à tout prix éviter l'extradition aux Etats-Unis.

La décision de Salvatore Mancuso, dirigeant du principal mouvement paramilitaire, les Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), de ne plus participer au processus de paix met un coup d'arrêt aux négociations avec le représentant du gouvernement, le Haut commissaire pour la paix Luis Carlos Restrepo.

Les Etats-Unis demandent aujourd'hui l'extradition de Mancuso, accusé d'être un narcotrafiquant. Ce dernier est devenu le principal responsable des paramilitaires après la mystérieuse disparition le 16 avril du chef charismatique Carlos Castano, qui représentait une ligne plus modérée.

Selon M. Restrepo, les organisations paramilitaires connaissent actuellement "une forte rébellion interne" qui s'est traduite par les meurtres de plusieurs responsables de ces groupes qui font régner la terreur en Colombie et sont étroitement impliqués dans le trafic de drogue, les assassinats de syndicalistes, d'intellectuels et de journalistes.

Ces dernières années, les groupes de paramilitaires ont investi la plus grande partie du territoire colombien. Ils ont ouvert 49 fronts dans 26 des 32 départements du pays et sont de mieux en mieux intégrés dans les municipalités, détournant les fonds de l'Etat à leur profit, soudoyant les services de police et l'armée.

70% de leurs revenus proviennent, selon leur propre évaluation, du trafic de drogue. Viennent ensuite les vols d'essence, les détournements de fonds publics et enfin "les protections" qu'ils accordent aux grands propriétaires terriens.

Plus grave encore, les chefs des cartels de la drogue ont "acheté" ces derniers mois des groupes entiers de paramilitaires ou des commandants locaux, aujourd'hui totalement acquis à leur cause et prêts à éliminer leurs propres chefs.

Ainsi, selon des sources de sécurité, Diego Montoya, l'un des dix hommes les plus recherchés par le FBI, a payé cinq millions de dollars pour diriger un groupe de 150 paramilitaires opérant dans le centre du pays.

Miguel Arroyave, leader du bloc des Centaures (BC) qui regroupe 6.000 paramilitaires, a été assassiné le 19 septembre au moment où il avait décidé de démobiliser ses hommes.

L'hebdomadaire Semana signale que sur les 13 représentants paramilitaires aux négociations, 10 figurent sur la liste américaine de grands narcotrafiquants. Ces derniers participent depuis vingt mois aux négociations sur la démilitarisation avant 2005 de 20.000 paramilitaires et espèrent ainsi éviter l'extradition aux Etats-Unis.

Le chef paramilitaire de la côte atlantique "Jorge 40", ne cachant pas sa nervosité, déclarait récemment à M. Restrepo: "Beaucoup de nos hommes ont opté pour l'union avec les narcotrafiquants".

Les journaux publient un enregistrement d'une récente réunion entre les chefs paramilitaires et le représentant pour la paix du gouvernement selon lequel le président Alvaro Uribe userait de "son pouvoir discrétionnaire" pour refuser certaines extraditions aux Etats-Unis.

Exaspéré par cette "fuite" intempestive dans la presse, le président Uribe a répliqué en autorisant lundi soir l'extradition pour trafic de drogue de Juan Carlos Sierra, l'un des paramilitaires participant au processus de paix.

Puis le chef de l'état a réaffirmé que "l'extradition n'était pas un thème négociable", illustrant ainsi l'ambiguïté des discours officiels à l'attention des paramilitaires ou de l'administration américaine qui conditionne son aide économique à la livraison des narcotrafiquants à sa propre justice.


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