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Meurtres de syndicalistes en Arauca

10/09/2004 - Las voces del secuestro, RISAL, Seattle Post Intelligencer, WA, Pravda, BBC

Le gouvernement colombien reconnaît "une erreur" dans l'assassinat de trois dirigeants syndicaux abattus lors d’une opération militaire. il y a six semaines.

Les victimes ne sont pas des inconnus ; ils occupaient des fonctions importantes, respectivement dans un syndicat hospitalier (Anthoc), au sein de la CUT locale et à la tête d’une association paysanne de l’Arauca (ADUC).

Mais, selon la version officielle, ces trois syndicalistes étaient avant tout des membres de l’Armée de libération de Colombie (ELN, guévariste). La seconde guérilla du pays est très présente dans ce département-frontière, qui abrite le fameux pipeline de Caño Limón (appartenant à la multinationale Oxy), d’importantes forces armées et des groupes d’autodéfense (AUC, extrême droite).

Au dire des responsables militaires, les trois activistes étaient réunis avec d’autres guérilleros dans une maison du bourg de Caño Seco, lorsque l’assaut a été donné. Tentant de fuir, ils auraient tiré sur les forces de l’ordre, celles-ci répliquant en les « mettant en congé » (dar de baja !) et en arrêtant deux de leurs complices, dont Samuel Morales, président régional de la CUT.

Prétendant avoir affaire à des fugitifs - recherchés de longue date pour leurs liens avec l’ELN - l’armée a affirmé avoir retrouvé sur eux armes et dynamite. Un portrait et une version des faits immédiatement accrédités par le vice-président colombien, Francisco Santos, et par le ministre de la Défense, Jorge Echavarria, ce dernier n’hésitant pas à qualifier les victimes de « délinquants ».

Le vice-président de la République, Francisco Santos, reconnait maintenant qu'il a commis une erreur en approuvant la version des militaires.

"Les militaires avaient ordre de capturer, et non pas d'assassiner ces personnes", a déclaré le Vice-président. Le Ministère public a ordonné la détention d'un sous-lieutenant, de trois soldats et d'un particulier, qui sont intervenu dans cette opération.

Les organisations sociales soulignent que les trois syndicalistes abattus s’étaient signalés, il y a six ans, en dénonçant le massacre de dix-huit paysans de l’Arauca par les FAR. Massacre pour lequel l’Etat vient d’être condamné en mai dernier... Surtout, les organisations sociales ont une toute autre version de la tuerie. Dans un communiqué sans ambiguïté, une quarantaine de syndicats, de collectifs de juristes et d’ONG de défense des droits humains affirment, sur la base de témoignages vécinaux, que les trois syndicalistes ont été cueillis dans leur lit et « exécutés extrajudiciairement ». « Ils n’ont eu aucune possibilité de se défendre puisqu’ils ont été fusillés à genoux, déchaussés et dévêtus », affirment les ONG. Entendus par la Justice, ces témoignages ont, depuis lors, plongé le gouvernement dans un profond mutisme.

Cette année, au moins trente-cinq Colombiens ont déjà rejoint la longue liste des martyrs de la lutte syndicale. Depuis le 1er janvier 2000, ce sont pas moins de cinq cents septante-quatre militants ouvriers qui ont péri par les armes, selon le macabre décompte de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT).


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