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Le nombre de civils colombiens tués par l'armée est en augmentation et plus élevé que ne l'affirme le gouvernement, selon un rapport d'une commission internationale diffusé mercredi.
Les forces de sécurité colombiennes sont responsables de la mort d'au moins 955 personnes entre juin 2002 et juin 2007, affirme la Commission internationale sur les exécutions extrajudiciaires.
Les autorités colombiennes enquêtent sur 670 de ces décès, et seulement une poignée de ces affaires ont conduit à des sanctions contre les soldats impliqués, selon son rapport.
En écho aux chiffres des Nations unies, la commission a découvert que les meurtres attribués à l'armée colombienne sont passés à 236 entre juin 2006 et juin 2007, contre moins de 200 au cours des trois années précédentes.
Selon la commission, la plupart des victimes seraient des civils que l'armée a à tort qualifiés de "rebelles d'extrême-gauche" tués au combat. Beaucoup étaient chefs de communautés de zones rurales.
La commission, composée d'universitaires et de défenseurs des droits de l'Homme américains et colombiens, a établi son rapport sur la base de témoignages de parents des victimes et sur une analyse des décès faisant l'objet d'une enquête.
Dans son rapport annuel, le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) accuse également l'armée colombienne d'être responsable d'une augmentation du nombre de décès de civils dans 21 des 32 provinces colombiennes
L'armée colombienne exécute un nombre croissant de paysans en les faisant passer pour des rebelles marxistes tués au combat
Le gouvernement colombien répond avoir mis en place une commission d'enquête sur les exécutions illégales, et accuse à son tour les combattants de la guérilla de se déguiser souvent en civils.
Sous la présidence d'Alvaro Uribe, arrivé au pouvoir en 2002, les militaires colombiens ont repoussé les insurgés loin des villes et des grands axes routiers, ce qui a relancé l'économie.
Mais les abus commis par les soldats ont augmenté, souligne la mission internationale d'observation des exécutions extrajudiciaires et de l'impunité en Colombie, qui comprend des experts juridiques français, espagnol et américain.
Au cours des cinq dernières années, 955 cas documentés d'exécutions sommaires par l'armée ont été recensés, contre 577 dans les cinq années précédentes.
Dans de nombreux cas, les soldats habillent les cadavres de leurs victimes comme des guérilleros afin d'augmenter les statistiques du nombre de rebelles tués.
"Nous mesurerons le degré de vérité de ces accusations et, si elles sont en partie avérées, nous prendrons des mesures préventives dans le cadre de notre politique de droits de l'homme", a déclaré le ministre adjoint de la Défense Sergio Jaramillo.
COLLABORATEURS
Il a déclaré que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) avaient réduit l'usage d'uniformes et préféraient s'appuyer sur de petits groupes de combattants habillés en civil.
"Nous avons des informations provenant de multiples sources selon lesquelles les Farc ordonnent littéralement aux familles de ceux qui meurent au combat d'affirmer qu'ils ont été les victimes d'exécutions extrajudiciaires", a-t-il ajouté.
Plus de 31.000 membres des forces paramilitaires d'extrême droite ont rendu les armes en vertu d'un accord de paix prévoyant des peines de prison réduites pour des crimes graves comme des massacres ou des actes de torture.
Devant l'Assemblée générale des Nations unies le mois dernier, Uribe a affirmé que le mouvement paramilitaire n'existait plus en Colombie et que les forces gouvernementales étaient les seules à combattre l'insurrection marxiste.
"Si ce monopole de la force signifie, comme le montrent les chiffres, que l'armée augmente les exécutions illégales, alors la Colombie est simplement en train de troquer les crimes commis par les paramilitaires par des crimes commis par l'armée", a déclaré David Martinez, un membre de la mission.
"Sous Uribe", poursuit-il, "les civils vivant dans les zones rurales contrôlées par les rebelles sont considérés comme des collaborateurs de la rébellion. C'est un principe fondamental de son gouvernement, sous lequel les arrestations arbitraires et les exécutions illégales ont augmenté."
Jaramillo répond que le gouvernement prend ces accusations au sérieux mais affirme qu'il est "absolument faux" de dire que tout le monde est accusé sans preuve de collaborer avec les rebelles.