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Bilan mitigé pour le Plan Colombie

24/10/2007 - Le Monde

Les Etats-Unis ont annoncé, lundi 22 octobre, un programme de 1,4 milliard de dollars (990 millions d'euros) destiné à développer leur coopération avec le Mexique dans la lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé, perçus des deux côtés de la frontière comme une menace croissante pour la sécurité régionale. Baptisé "Initiative Merida", ce programme tient à se démarquer de son grand frère, le Plan Colombie, dont les résultats prêtent à controverse. Sept ans d'aide américaine et près de cinq milliards de dollars n'ont pas permis de venir à bout du trafic de drogue dans le pays andin, en proie à un interminable conflit armé. La Colombie reste le premier producteur mondial de cocaïne.

Bogota avance pourtant des chiffres spectaculaires. Des dizaines de milliers d'hectares de cocaïers - l'arbuste dont on tire la cocaïne - ont été détruits par épandage aérien d'herbicide. Il y avait 163 000 ha de cultures illicites en 2000, il n'en restait que 78 000 à la fin 2006. Les autorités colombiennes ont saisi 853 tonnes de cocaïne et détruit 9 000 laboratoires où la feuille de coca est transformée en alcaloïde. Le président Alvaro Uribe se targue d'avoir extradé, en cinq ans, plus de 700 narcotrafiquants vers les Etats-Unis. "Le Plan Colombie a indiscutablement contribué à moderniser les forces armées et à renforcer leur capacité opérationnelle", note l'analyste Alfredo Rangel.

Mais, côté résultats, les statistiques ne suivent pas. Le pays continue d'exporter quelque 600 tonnes de cocaïne par an. "Les producteurs de drogue ont réussi à neutraliser l'offensive menée par l'armée. Les surfaces cultivées de coca ont diminué, pas la production de cocaïne", souligne M. Rangel. Les variétés de cocaïer ont été améliorées, permettant de doubler - voire de tripler - les rendements. Les cultures illicites se sont déplacées et disséminées, rendant plus difficile leur éradication. Si la répression se fait sentir sur un point du territoire, les cultures augmentent ailleurs.

"La guerre contre la drogue financée par les Américains a été menée dans les régions sous contrôle de la guérilla marxiste, laissant ailleurs les paramilitaires s'emparer du négoce", note le spécialiste Ricardo Vargas. Le pouvoir corrupteur des narcotrafiquants, qui ne lésinent pas sur les moyens pour infiltrer l'armée et la police, reste immense. La lutte contre les cultures illicites est un échec, mais le Plan Colombie a eu un impact, rappelle M. Vargas : "Les mafias ont perdu le contrôle du trafic international, largement passé aux mains des cartels mexicains." Le succès du Plan Colombie, c'est d'avoir rendu l'Initiative Merida nécessaire.


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