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Uribe suspend le dialogue

20/10/2006 - 7 sur 7, Le Monde, Nouvel Obs, RCN, Intnl Herald Tribune

Le président colombien écarte un échange humanitaire avec la guérilla. La mère d'Ingrid Betancourt dénonce une "condamnation à mort" des otages.

Le président colombien Alvaro Uribe a annoncé, vendredi 20 octobre, à Bogota, qu'il suspendait les négociations pour un échange humanitaire avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc - guérilla marxiste). Il demande à l'armée d'activer les opérations militaires pour libérer les otages.

"La seule voie qui subsiste est la libération par des moyens militaires des otages. La farce de l'échange humanitaire demandé par les Farc ne peut se poursuivre et en conséquence je réitère que l'unique voie est celle de la libération par l'armée", a déclaré le président colombien dans un discours au pays.

Il a par ailleurs affirmé que les chefs de la guérilla avaient organisé l'attentat à la voiture piégée qui a blessé cinq militaires et une dizaine de civils, jeudi, à l'Université militaire de Bogota.

"Condamnation à mort"

Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt enlevée en février 2002 en Colombie, a déclaré qu'elle estimait que la décision du président Alvaro Uribe de libérer par la force les otages détenus par la guérilla "était une condamnation à mort".

"C'est une condamnation à mort des personnes séquestrées", a-t-elle affirmé en apprenant que le président avait annoncé au pays, au lendemain d'un attentat à la voiture piégée contre l'Université militaire de Bogota, qu'il révoquait "l'autorisation du Haut commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo, de se réunir avec les FARC" (Forces armées révolutionnaires de Colombie, guérilla marxiste).

Mme Pulecio a accusé le chef de l'Etat "de rompre son engagement pris auprès de la France, de l'Espagne et de la Suisse", pays médiateurs dans la recherche d'un échange humanitaire.

De leur côté, la cinquantaine de comités de soutien réunis dans la FICIB (Fédération Internationale des Comités Ingrid Betancourt), a publié un communiqué où ils déclarent qu'ils se se joignent à la famille d'Ingrid et aux familles des autres otages détenus par les Farc en Colombie pour demander instamment au Président Uribe de renoncer à son intention de lancer une opération militaire de sauvetage, dont on sait qu'elle sera presque certainement fatale pour les otages. Ils demandent au président Jacques Chirac et à tous les gouvernements européens d'intervenir auprès du gouvernement colombien pour qu'il continue à rechercher une solution négociée et non militaire au problème des otages.

Le 27 septembre, Alvaro Uribe avait fait un premier pas en vue d'un accord humanitaire pour la libération des otages en acceptant l'exigence des FARC de démilitariser les deux municipalités de Florida et Pradera (sud-ouest de la Colombie), enclavées dans la cordillère centrale et constituant un couloir d'approvisionnement stratégique. Mais après l'attentat de jeudi, qui a blessé cinq militaires et dix civils, le président est revenu sur ses décisions.

Paris hostile à la force pour tenter de libérer les otages

La France a déclaré ce vendredi son "hostilité" à l'emploi de la force pour tenter de libérer les otages en Colombie, dont fait partie la franco-colombienne Ingrid Betancourt, en réponse aux déclarations du président colombien Alvaro Uribe privilégiant la "voie militaire".

"La France a pris connaissance des déclarations du Président Alvaro Uribe. Comme elle l'a déjà fait à plusieurs reprises dans le passé, notamment par la voix du Président de la République (Jacques Chirac), elle marque son hostilité à toute opération de sauvetage des otages par la force", a déclaré le ministre des Affaires étangères Philippe Douste-Blazy dans un communiqué.

"A un moment où chacun était porté à l'optimisme en raison des récentes déclarations du Président colombien et des FARC, je reste convaincu qu'une solution pacifique est possible. J'invite les acteurs à renouer le fil du dialogue pour éviter que les familles des otages ne perdent tout espoir", poursuit le chef de la diplomatie française.

M. Douste-Blazy avait reçu vendredi, avant l'annonce du président Uribe, une délégation de la Fédération internationale des Comités Ingrid Betancourt (FICIB), l'assurant de l'"engagement" total de Paris pour la libération de l'otage franco-colombienne.

La France "continue à oeuvrer à l'élaboration de propositions pour démilitariser" une zone du sud-ouest de la Colombie, afin de procéder à un échange humanitaire, avait déclaré M. Douste-Blazy à ce sujet.


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