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Otages colombiens : les négociations piétinent

11/10/2006 - Le Figaro, 20 minutes

L'ancien président, Samper, « facilitateur » de la libération des otages en Colombie, refuse que leur sort soit lié à un accord de paix avec les Farc.

ERNESTO SAMPER PIZANO fut le président de la Colombie entre 1994 et 1998. Depuis trois ans, il est devenu le « facilitateur » d'un accord humanitaire visant à un accord entre le gouvernement de Bogotá et la guérilla marxiste des Farc, qui détient 62 otages « politiques » (dont la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt) et plus d'un millier d'autres ayant refusé de payer un « impôt révolutionnaire ». À Biarritz, où il participait le week-end dernier au Foro (rencontre Europe-Amérique latine), Ernesto Samper nous déclarait son inquiétude sur la négociation qui vient de s'engager entre les deux parties.

Pour lui, un accord humanitaire visant à la libération des otages doit impérativement précéder un accord de paix plus global.

Virage politique

Ernesto Samper, qui fut en politique le « père spirituel » du chef de l'État actuel, Alvaro Uribe Velez (réélu le 28 mai dernier avec 62 % des suffrages), se montre alarmiste. : « Depuis une semaine, explique-t-il, le gouvernement et les Farc ont changé de discours. Subitement, ils ont lié l'accord humanitaire avec celui sur le processus de paix. Ils évoquent le processus de paix en oubliant le sujet de l'accord humanitaire. Les deux accords sont cependant complètement différents. Dans un cas, il s'agit de respecter le droit international pour humaniser un conflit lorsque les parties ne sont pas capables d'y mettre fin. Dans l'autre, celui de l'accord de paix, il s'agit de divergences politiques profondes. Ce serait une grave erreur de les lier, cela rallongerait le kidnapping des malheureux otages de plusieurs années. »

Alvaro Uribe, après avoir violemment combattu les Farc pendant quatre années, a ouvert des négociations avec eux il y a trois semaines. Un virage politique, en apparence, car le gouvernement colombien avait fait de l'éradication militaire des Farc sa priorité.

De fait, les deux parties n'ont plus le choix. Du côté gouvernemental, la guerre anti-Farc a bien repoussé les guérilleros dans les jungles, loin des villes. Mais ce conflit grève abominablement le budget de l'État sans qu'il ne puisse être gagné militairement.

Du côté des Farc, les 15 000 guérilleros vivent de la culture de la feuille de coca, qu'ils encouragent, mais leur intransigeance bornée et leur cruauté leur ont aliéné la sympathie des Colombiens et de la communauté internationale. Leurs « fronts » sont coupés les uns des autres, et leur numéro deux, Paul Reyes, est plus ouvert à la négociation que son aîné Manuel Marulanda (80 ans).

Néanmoins, Ernesto Samper est inquiet aujourd'hui. Il ne veut aucun obstacle aux accords humanitaires, et compte sur les Européens pour l'appuyer.

« Si la Colombie n'a pas réussi à faire la paix intérieure pendant trente années, que se passera-t-il pour les otages si ces accords de paix n'aboutissent pas ? Est-ce une façon pour le gouvernement colombien de ne pas réaliser l'accord humanitaire, en se réfugiant derrière un accord de paix impossible ? Et pour les Farc, est-ce une façon d'obtenir de nouveaux espaces politiques sur le dos des otages », demande Ernsto Samper.

Les précédentes tentatives de libération des otages en Colombie

Les négociations avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont toujours suivi une voie tortueuse. Le président colombien Alvaro Uribe a fait un premier pas jeudi en acceptant la démilitarisation de deux municipalités, réclamée par les FARC.

Les premiers groupes de guérilla se sont constitués à partir de 1963, marquant le début des attaques et des enlèvements en Colombie. Voici la chronologie depuis le début des négociations en 1998 :

1998

- 9 juillet : première rencontre du président colombien Andres Pastrana et du chef historique des FARC, Manuel Marulanda, dit "Tirofijo".

- 7 novembre : remise aux FARC d'une zone démilitarisée de 42.OOO kilomètres carrés dans le sud du pays.

1999

- 7 janvier : ouverture de négociations entre les FARC et le gouvernement.

- 17 juillet : pourparlers suspendus à la suite d'une nouvelle offensive des FARC et de leur refus d'une commission internationale dans la zone démilitarisée.

- 24 octobre : reprise des pourparlers sans gel préalable des hostilités.

2000

- début juin : gel des pourparlers par les FARC, qui accusent le gouvernement de ne pas combattre l'extrême droite.

2001

- 14 février : reprise des pourparlers.

- 8 mars : réunion entre les FARC et le gouvernement en présence de diplomates de 26 pays.

2002

- 14 janvier : Pastrana déclare que le processus de paix avec les FARC continue.

- 23 février : enlèvement par les FARC de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, candidate à l'élection présidentielle.

- 7 août : investiture du président conservateur Alvaro Uribe, partisan de la manière forte contre la guérilla.

- 29 novembre: la France appuie un projet d'échange de prisonniers et lance un appel à la guérilla.

2003

- 5 mai : le président Uribe, après l'exécution spectaculaire par les FARC de dix de leurs otages, propose à la France d'accueillir les rebelles détenus, mais les FARC exigent leur libération en Colombie.

- 9 juillet : la France envoie un avion dans l'Amazonie brésilienne pour récupérer Ingrid Betancourt, en cas de libération. L'opération échoue.

2004

- 26 février : à la demande de M. Uribe, la France manifeste sa disponibilité à accueillir sur son sol les guérilleros relâchés.

- 8 novembre : les FARC refusent une proposition d'échange du président Uribe.

2005

- 3 août: les FARC réclament comme conditions préalables à des négociations le retrait de la force publique des municipalités de Pradera et Florida (sud-ouest) et le retour de deux de leurs dirigeants extradés aux Etats-Unis. Les autorités refusent.

- septembre : le gouvernement colombien accuse la France d'"ingérence" dans ses affaires intérieures après l'envoi secret d'un émissaire français.

- 13 décembre : trois pays européens (France, Espagne et Suisse) proposent la création d'une petite zone démilitarisée sous contrôle international dans le sud-ouest de la Colombie pour négocier un accord humanitaire, proposition acceptée par M. Uribe.

2006

- 2 janvier: refus des FARC de négocier avec M. Uribe.

- 29 mai : M. Uribe réélu pour un second mandat.

- 23 juin : les FARC se déclarent "disponibles et volontaires" pour un accord humanitaire.

- 24 septembre : dans une vidéo des FARC, 12 députés colombiens retenus en otages demandent au gouvernement d'accepter la démilitarisation demandée par la guérilla.

- 28 septembre : le président Uribe accepte de démilitariser les municipalités de Florida et de Pradera (sud-ouest) et de les déclarer "zone de rencontre" pendant 45 jours.


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