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Le procès d'un rebelle colombien aux Etats-Unis fragilise les otages

10/10/2006 - Le Temps, RCN

Simon Trinidad, ex-négociateur de la guérilla des FARC, comparaît devant la justice à Washington pour l'enlèvement de trois mercenaires américains. La rébellion exige sa libération.

Aujourd'hui face aux juges de Washington, Ricardo Palmera, alias Simon Trinidad, devrait retrouver le costume-cravate qui l'a vu débuter sa carrière. Le responsable guérillero colombien doit comparaître pour l'enlèvement de trois sous-traitants militaires américains par son organisation, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), alors qu'ils étaient en mission dans les jungles du sud du pays andin. L'ancien banquier, qui avait adopté le treillis dans les années 1980 après l'assassinat de plusieurs amis militants de gauche, pourrait terminer sa carrière dans les geôles «impérialistes», auxquelles il risque d'être condamné pour une durée allant jusqu'à trente ans.

Le procès est une première judiciaire - c'est le seul membre de la rébellion marxiste jugé aux Etats-Unis pour un acte lié à la guerre et non au trafic de drogue -, mais de nombreuses familles colombiennes la suivront pour d'autres motifs. Simon Trinidad fait en effet partie des près de 500 combattants prisonniers dont les FARC exigent la libération pour relâcher leur groupe d'otages politiques et militaires, notamment la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt retenue depuis 2002.

Le sort du grand gaillard au crâne rasé, qui s'est fait connaître par son bagout de porte-parole pendant des négociations avortées, entre 1999 et 2002, est lié à celui des otages depuis des années. Après l'échec du dialogue de paix, il était devenu en avril 2003 l'un des trois responsables nommés par les FARC pour discuter les termes d'une libération des otages avec le pouvoir. L'ex-banquier ignorait alors qu'il deviendrait partie prenante de l'échange neuf mois plus tard. Il a été arrêté à Quito, alors qu'il se déplaçait dans la capitale équatorienne sous une fausse identité «au cas où le dialogue se serait tenu à l'extérieur de la Colombie», selon ses dires. Les FARC l'ont aussitôt intégré à leur liste «d'échangeables».

L'extradition de Trinidad, un an plus tard, n'a pas découragé le groupe armé. Alors que l'ancien porte-parole, en combinaison orange de prisonnier, assistait aux audiences dans lesquelles il doit aussi répondre de trafic de drogue, le site internet de la rébellion inaugurait le logo «Liberté pour Simon».

Trinidad a été rejoint depuis par une commandante régionale, «Sonia», accusée elle aussi de narcotrafic, dont le procès devra commencer en mars devant la même cour que son ancien «camarade», à quelques rues de la Maison-Blanche.

Esbroufe mutuelle

Le sort des deux extradés s'accélère au moment où la guérilla et le gouvernement colombien se sont engagés dans une guerre de communiqués pour tenter de démontrer leur bonne volonté pour faire libérer les otages. Le président conservateur Alvaro Uribe a ouvert le feu en acceptant il y a deux semaines le principe d'une «zone neutre» pour y négocier une libération. Il ne faisait en fait que reprendre en termes vagues une proposition vieille de décembre dernier, aux termes trop étriqués au goût de la rébellion marxiste.

Mais le président a fait illusion grâce à l'interview d'un négociateur officieux du pouvoir, Alvaro Leyva. Ce dernier a affirmé aussitôt qu'Alvaro Uribe était prêt à démilitariser deux municipalités exigées depuis des mois par la guérilla... quelques heures avant un démenti peu repris du ministre de la Défense.

Quelques jours plus tard, le groupe armé répondait en se disant «prêt» à l'échange de prisonniers dès que les deux villages du sud-ouest du pays seraient entièrement démilitarisés. Soit quatre fois la superficie proposée du bout des lèvres par Uribe, et en y imposant la présence de rebelles, ce que le président refuse. De part et d'autre, des communiqués ont évoqué depuis un hypothétique cessez-le-feu, la tenue d'une Assemblée constituante... Une esbroufe mutuelle, toujours conditionnée à des exigences inacceptables pour l'autre camp. «Ils ne disent rien de neuf, résume la sœur d'un politicien enlevé, mais l'ambiance générale est à l'optimisme.»

Loin de ces manœuvres, un juge américain doit décider du sort de Trinidad et de Sonia. Lesquels, a insisté le porte-parole des FARC, Raul Reyes, font toujours partie de l'échange à négocier.


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