|
||||||
Une trentaine d'organisations civiques colombiennes ont appelé à manifester, mardi 24 octobre, contre l'"option militariste" du président Alvaro Uribe (droite). Vendredi, le chef de l'Etat avait donné l'ordre à l'armée de libérer coûte que coûte les otages aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche), en annonçant la rupture du timide dialogue engagé avec la guérilla.
Samedi, à Cali, troisième ville du pays, les familles et amis des otages ont manifesté. Sur chacun des sacs en plastique noir, en forme de cadavre, alignés sur les marches de la cathédrale, une étiquette blanche : "Secouru par l'armée". Les familles n'ont pas oublié le drame d'Urrao. Le 5 mai 2003, une opération de sauvetage avait tourné au drame : les guérilleros avaient assassiné de sang-froid leurs dix otages avant de prendre la fuite.
"Si les militaires essayent de libérer nos proches, ce sont leurs restes que nous récupérerons", insiste Angela de Perez, dont le mari a été enlevé en avril 2002. Les FARC détiennent 58 otages "politiques", parmi lesquels des soldats capturés il y a neuf ans. "Le monde entier doit savoir et réagir", supplie Angela.
Opposants, défenseurs des droits de l'homme, prêtres, diplomates et comités de soutien à la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, enlevée en 2002, ont joint leurs voix à celles des familles des otages pour supplier M. Uribe de reconsidérer sa décision. Insensible à leurs suppliques, soutenu par une bonne partie de l'opinion publique, le président a encore haussé le ton.
Dans un virulent discours prononcé samedi, le chef de l'Etat a traité les guérilleros de "tricheurs", de "menteurs", de "bandits" et de "tueurs". "La communauté internationale va devoir réfléchir. Est-il plus logique de demander à un gouvernement honnête et démocratique de négocier avec des poseurs de bombes, ou d'exiger des terroristes qu'ils libèrent les séquestrés ?", a-t-il demandé.
L'explosion d'une voiture piégée, attribuée aux FARC, qui a fait, jeudi, une dizaine de blessés à l'Université militaire de Bogota, a provoqué l'ire présidentielle et la décision de rompre le dialogue à peine engagé. "En matière de guerre, l'émotion est mauvaise conseillère. Uribe a réagi comme le souhaitaient les ennemis du dialogue qui ont posé la bombe", estime le sénateur Gustavo Petro (gauche) qui, sans l'exclure, met en doute la responsabilité des FARC. "Ce n'est quand même pas de la faute des otages", a lancé le maire de Bogota, Luis Eduardo Garzon (gauche), également sceptique.
Réactivée par M. Uribe, la "guerre frontale contre le terrorisme" coûte cher. Lundi, le ministre de la défense, Juan Manuel Santos, a rendu public un projet d'impôt sur la fortune destiné à financer l'effort de guerre. Une délégation américaine, présidée par le sous-secrétaire d'Etat aux affaires politiques, Nicholas Burns, est attendue en Colombie. Washington souhaite évaluer la coopération militaire fournie à Bogota.
Le nouvel impôt - auquel seront assujettis les individus et les entreprises qui possèdent un patrimoine supérieur à 1,5 milliard de pesos (500 000 euros) - devrait permettre de trouver 8,5 milliards de pesos (2,8 milliards d'euros). Selon M. Santos, ces fonds financeront la modernisation des équipements militaires. Cependant, le gouvernement a toujours besoin de l'aide militaire américaine. Bogota a reçu plus de 4 milliards de dollars sur six ans. L'aide a été renouvelée pour l'année 2007 (à hauteur de 700 millions de dollars), mais reste menacée à terme.
"La Colombie souhaite que le montant de la coopération ne diminue pas et, si possible, qu'il augmente", a déclaré la ministre des relations extérieures, Maria Consuelo Araujo, avant la mission d'évaluation américaine.
"La volte-face belliciste d'Uribe tombe à point, remarque un ancien fonctionnaire du ministère de la défense. Comment Washington pourrait-il, désormais, lâcher son allié ?"