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Yolanda Pulecio vit un cauchemar depuis 44 mois. Cette Colombienne a fait la une des media depuis que sa fille, l'ex candidate présidentielle Ingrid Betancourt, a été kidnappée le 23 février 2002 par la guérilla des Forces armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), dirigées par. Manuel Marulanda, alias Tirofijo.
« Je ne crois pas qu'il puisse exister une plus grande douleur non seulement pour une mère mais pour toute une famille. Nous sommes pris en otage, et tout comme elle nous sommes épuisés de souffrir, et d'alterner espoir et désespoir », a déclaré Yolanda Pulecio à CRÓNICAS DE HOY dans une interview téléphonique.
Le désespoir d'Yolanda Pulecio vient d'abord du silence cruel de la guérilla, qui n'a plus donné aucune nouvelle d'Ingrid depuis août 2003, date à laquelle ils ont diffusé le dernière vidéo dans laquelle sa fille apparaît en captivité. Depuis lors, il n'a pas été possible de savoir si sa fille était encore vivante et si ils allaient enfin avoir pitié d'elle et de ses enfants, et la libérer.
« Je lui envoie des messages à travers deux radios qui sont le seul moyen de liaison avec les kidnappés dont on sait qu'ils peuvent les écouter. Une de ces stations émettrices transmet chaque samedi à minuit et est connue sous le nom de "Les Voix des Séquestrés", de Radio Caracol. L'autre diffuse tous les jours à cinq heures du matin au moyen de la chaîne RCN ».
La voix entrecoupée de sanglots, Yolanda nous indique que depuis cette date, il y a déjà deux ans, elle continue à attendre des nouvelles de sa fille ; mais à la douleur créée par l'absence de nouvelles s'ajoute l'insensibilité du président Álvaro Uribe, dont la politique de "main dure contre la guérilla et le trafic de drogue" bloque toute issue humanitaire au problème des kidnappés.
Reprenant son calme, Yolanda Pulecio ne dissimule pas son sentiment d'impuissance devant l'absence d'informations de ce qu'aurait fait jusqu'à présent le gouvernement colombien pour chercher un dialogue avec la guérilla en vue d'un échange humanitaire.
« Ce qui se passe, cela me tue ! Je suis très triste de devoir le dire, mais ne vois aucune volonté de la part du gouvernement pour négocier un échange humanitaire. Le gouvernement n'a aucune volonté politique, sinon les kidnappés seraient déjà libres. Le président se joue de nous et refuse l'échange humanitaire pour démontrer qu'il est plus fort que les FARC. L'affaire pour lui n'est qu'un jeu politique, mais pour nous, qui sommes plongés dans cette situation, c'est très cruel ».
RANCOEUR. Interrogée sur le motif de la rencontre qu'elle et d'autres parents de kidnappés avaient eue en juillet passé avec le Président, elle nous raconte : « Nous voulions savoir ce que faisait le gouvernement et quelles étaient ses intentions. Ce jour-là j'ai dit, Monsieur le Président, Ingrid a été kidnappé depuis trois ans et sept mois; comment est-il possible que vous, qui étiez venu chez moi le lendemain du jour de votre élection, et qui m'aviez alors promis de faire cet échange humanitaire, ayez laissez passer tout ce temps sans rien faire ?. Il m'a répondu qu'il avait bien envoyé une lettre à la guérilla, mais que cette lettre n'était jamais arrivée parce qu'ils n'avaient pas réellement essayé de trouver un canal de communication avec les FARC. Je lui ai demandé une copie de cette lettre, mais jusqu'à présent je n'ai jamais rien reçu».
Après cela, Yolanda a gardé le silence pendant quelques instants, puis elle nous a dit qu'elle se sentait en même temps confondue et soulagée. D'une part, le gouvernement colombien n'avait jamais exprimé une réelle volonté d'aider les kidnappés, mais, d'autre part, il y avait la volonté démontrée par le gouvernement français, qui cherchait des alternatives pour mettre un terme à ce cauchemar.
« Uribe lui-même m'a demandé que j'intervienne auprès du gouvernement français, en profitant de mon voyage à Paris en août de cette année, et ils m'a demandé de parler avec certains membres du gouvernement du président Jacques Chirac pour solliciter leur collaboration pour un rapprochement avec les FARC, puisque ma fille a la double nationalité. Uribe m'a dit qu'il transmettrait au gouvernement français son intention de concrétiser l'échange humanitaire ».
« J'ai donc fait ce que le Président m'avait demandé, et j'ai effectivement eu une entrevue avec le premier ministre Dominique De Villepin, qui a promis d'intervenir dans la libération de ma fille ».
« Le plus impressionnant et le plus pénible a été la réponse d'Uribe. Après que j'aie fait ce qu'il m'avait demandé, il a envoyé il y a deux semaines une lettre de protestation à l'ambassadeur français [Camille Rohou], lui reprochant d'essayer de négocier avec les FARC et de chercher un processus pour libérer les otages ».
« Vis-à-vis de la France cela me fait honte parce que je ne peux pas croire que le président puisse tenir ainsi un double language. Le jour où je l'ai rencontré, je lui ai dit que je ne voulais plus le voir, et que je le haïssais, tant était grande ma douleur. Uribe m'a dit que lui ne haïssait personne, et je lui ai répondu que c'était depuis que j'avais vu comment il agissait que j'avais appris à haïr ».
FRUSTRATION. Sans dissimuler sa déception quant à la manière dont avait agi le gouvernement de son pays, Yolanda Pulecio a été plus loin, et a indiqué que l'administration d'Uribe avait empêché les appuis venant de l'extérieur de trouver une solution pour la libération des captifs en pouvoir de la guérilla.
« Quand Uribe est arrivé à la présidence il a déclaré que l'ONU pouvait intervenir pour apporter son aide. Mais quand les Nations Unies ont commencé à agir, le président a demandé, sans motif, le remplacement du délégué de l'ONU . Ensuite, c'est l'Église Catholique qui a voulu intervenir, mais quand une entrevue a été organisée dans la forêt entre des membres de la guérilla et monseñor Castro, il a envoyé des troupes exactement à cet endroit. Les FARC ont alors envoyé un message à monseñor Castro pour qu'il n'aille pas à ce rendez-vous, lui signalant qu'il il y avait eu là-bas des victimes et qu'il risquait sa vie s'il s'y venait. Et maintenant, c'est de nouveau le même scénario avec la France ».
La maman de l'ex candidate présidentielle n'a pas dissimulé sa rage devant l'indifférence des autorités de son pays concernant cette crise que vivent tant de familles, certaines depuis plus de huit ans, en attendant qu'on résolve le problème du kidnapping de leurs proches.
« Je suis terrifiée à l'idée d'une opération militaire de sauvetage, cela me fait paniquer. J'ai supplié le président qu'on n'essaye pas d'organiser une opération de sauvetage militaire, ni pour ma fille, ni pour les autres kidnappés, parce ce serait les condamner à mort et ce serait comme jouer à la roulette russe avec leur vie».
Selon la mère d'Ingrid elle dispose non seulement du soutien du gouvernement français, mais aussi de celui de l'Église et de l'appui de deux ex présidents, Alfonso López Michelsen (1974-1978), « que j'admire parce que c'est un homme de 91 ans qui ne recherche rien pour lui-même, et d'Ernesto Samper (1994-1998), en qui je n'ai pas beaucoup confiance à cause des divergences qu'il a eues avec Ingrid ».
Interrogée sur le dilemme qui consiste à concilier la douleur d'une mère avec la responsabilité d'Uribe en tant que chef d'État, la mère d'Ingrid a indiqué que « sa responsabilité est de veiller sur tous les colombiens, mais sa priorité doit être de se préoccuper d'abord de ceux qui sont en danger de mort ».
Ingrid Betancourt Pulecio
Naissance : 25 décembre 1961, à Bogota, Colombie.
État Civil : Mariée
Enfants : Melanie et Lorenzo
Carrière : Elle a été l'adjointe du ministre des Finances et du Crédit Public, de celui du Commerce Extérieur, puis Représentante de Bogota à la Chambre (1994-1998) ; Sénateur de la République (1998-2002) et Directrice et candidate présidentielle pour le Parti Verde Oxygeno.
Kidnapping : le 23 février 2003 alors qu'elle se rendait à la commune de San Vicente del Caguán pendant sa campagne présidentielle, trois jours après la rupture des négociations de paix entre le gouvernement précédent et les FARC. Le 23 octobre 2005 elle aura accompli trois années et huit mois de captivité.