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Le gouvernement colombien n'a pas protégé les droits fondamentaux des millions de personnes déplacées par le conflit armé dans le pays, déclare l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport qui vient d'être publié. Les familles déplacées sont souvent privées de l'accès à l'éducation, aux soins de santé d'urgence et à l'aide humanitaire.
Les membres des familles interviewés dans le rapport de 60 pages "Déplacés et Rejetés : le drame des personnes déplacées à Bogotá et à Carthagène" décrivent comment ils ont dû se sauver de chez eux après avoir reçu des menaces, être soumis à la torture, ou avoir vu des parents ou des voisins assassinés. Quand ils doivent fuir ainsi leurs villages et chercher abri ailleurs, ils doivent attendre des semaines ou parfois des mois avant d'avoir accès à une aide "d'urgence", très souvent privés de soins médicaux, et sans pouvoir inscrire leurs enfants dans une école.
"Les familles déplacées en Colombie sont doublement dépossédées," déclare Michael Bochenek, avocat-conseil à la Division des Droits de l'Enfant à HRW. "Après que les groupes armés les aient chassés de leurs maisons, le gouvernement refuse ensuite de pourvoir à leurs besoins fondamentaux"
La Colombie constitue la plus grande crise de personnes déplacées au monde après le Soudan. En trois dernières années seulement, plus de trois millions de personnes, plus de cinq pour cent de la population de la Colombie, ont été déplacés de force en raison du conflit armé dans le pays. Plus de la moitié de toutes les personnes déplacées sont des enfants de moins de 18 ans.
Le déplacement obligatoire est une conséquence du conflit armé qui règne en Colombie, mais les fonctionnaires de l'administration du Président Álvaro Uribe Vélez's décrivent fréquemment les personnes déplacées comme des "migrants économiques" et laissent entendre qu'aider les personnes déplacées serait une discrimination envers d'autres Colombiens pauvres. Le gouvernement d'Uribe préfère préconiser le retour de ces communautés dans leurs villages, en tant que sa réponse principale au déplacement interne, alors qu'un retour dans de bonnes conditions de sécurité est impossible dans beaucoup de secteurs.
Alors que la Colombie est un des rares pays qui aient voté une législation pour protéger les déplacés, le procédé d'enregistrement pour appliquer cette loi est souvent complexe et embrouillé. Seuls la moitié de ceux qui s'enregistrent reçoivent réellement une aide humanitaire, parfois après avoir attendu entre deux et trois mois. Pour ceux qui reçoivent de l'aide, elle est dans la plupart des cas limitée à trois mois.
Les enfants déplacés sont autorisés à aller à l'école dans leurs nouvelles communautés, mais certains doivent auparavant produire des dossiers scolaires ou des formes d'identification qu'ils ne possèdent plus. D'autres sont refusés à l'inscription parce que les écoles n'ont pas de place pour eux. Dans beaucoup de cas, les frais d'inscription et le prix à payer pour suivre les cours rendent la scolarité impossible pour bon nombre d'entre eux.
Les familles déplacées devraient pouvoir recevoir un secours d'urgence, mais elles sont souvent rejetées quand elles le demandent parce que les hôpitaux n'ont aucune intérêt à fournir ces services pour lesquels ils ne recevront jamais aucun paiement. Ceux qui sont inscrits dans le système subventionné de soins de santé doivent malgré tout payer pour les médicaments, à des prix qui dépassent de loin les revenus de beaucoup de familles déplacées.
En janvier 2004, le système d'assistance du gouvernement pour les personnes déplacées était dans une telle crise que la cour constitutionnelle colombienne l'a déclarée "un état de fait inconstitutionnel." La cour a commandé au gouvernement de prendre des mesures correctives dans un délai d'un an. Mais beaucoup de familles de déplacés n'ont jamais vu le résultat de ces mesures. En septembre 2005, la cour a constaté que les mesures prises par le gouvernement pour se conformer à son arrêt étaient insuffisantes à la fois en termes de ressources et de volonté institutionnelle.
Le HRW a invité les autorités colombiennes à mettre totalement en application la décision de la Cour Constitutionnelle. Elles doivent s'assurer que les familles déplacées reçoivent sans délai l'aide humanitaire d'urgence, et qu'elle continuent à en bénéficier au delà de la période de trois mois habituelle prescrite par loi colombienne. Le système subventionné de santé est également sommé de fournir aux personnes déplacées des médicaments, des consultations spécialisées, et un meilleur accès amélioré à l'information de santé, y compris l'information sur la santé sexuelle et reproductrice.
Le gouvernement colombien devrait également s'assurer que les enfants déplacés ne soient plus empêchés de suivre les cours parce qu'ils ne peuvent pas produire de documents d'identifications, parce qu'ils n'ont pas d'uniformes, ou parce qu'ils ne peuvent pas payer les honoraires d'école et les coûts relatifs à lma scolarité, déclare le HRW.