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Semena a interviewé Raul Reyes, le numéro deux des Farc, peu après le message par vidéo qu'il vient de transmettre aux participants du Forum de Biarritz à Bogota. Il y parle de ses rencontres avec les émissaires du gouvernement français et de l'état des négociations avec le gouvernement colombien qui, selon ses dires, sont au point mort.
"Nous avons rencontré plusieurs fois des émissaires du gouvernement français, qui sont intéressés par l'accord humanitaire. Ils ont offert leurs bons offices, et les Farc, qui sont intéressés également, sont disposés à les recevoir autant de fois qu'il sera nécessaire, ainsi d'ailleurs que les délégués d'autres gouvernements, personnalités ou amis qui recherchent une issue politique à la crise qui affecte notre pays ".
SEMANA : Beaucoup de critiques déclarent que le seul intérêt de la France, c'est la libération d'Ingrid Betancourt.
RAÚL REYES : Il est normal que le gouvernement français s'intéresse à madame Betancourt, puisqu'elle a la nationalité française. Mais, en ce moment, ils recherchent la signature d'un accord qui permette la libération de la totalité des prisonniers échangeables.
SEMANA : Est-il vrai que la France a proposé que le gouvernement colombien et les porte-parole des Farc se réunissent dans les environs de Paris ?
R.R.: On verra ce que décidera le Secrétariat. La politique des Farc est que le dialogue se déroule en territoire colombien. Toutefois, nous évaluons avec gratitude toute proposition qui mènerait à un accord ou à la libération des prisonniers.
SEMANA : Toutefois, les réunions que vous avez eues avec les français ont été critiquées par le gouvernement et il y a eu une protestation dans laquelle on a accusé la France d'interférer dans les affaires internes de la Colombie.
R.R.: Cela démontre que le gouvernement colombien n'est pas intéressé par l'échange. En agissant ainsi, le président Uribe déclare que ce qui l'intéresse, c'est la guerre et ses plans pour libérer les prisonniers par la force.
SEMANA : Les Farc ne vont-ils pas prochainement recevoir des émissaires du gouvernement français ?
R.R.: Les Farc sont toujours disposés à recevoir les émissaires français et ceux d'autres gouvernements, ainsi que d'autres personnalités qui seraient intéressées par l'accord. Les Farc ne se préoccupent pas de ce que dit ou pense Monsieur le President, parce que nous sommes l'opposition politique. Nous n'avons non plus aucune obligation par rapport aux lois de l'État colombien contre lesquelles nous nous sommes insurgés.
SEMANA : En marge de la proposition française, quelles possibilités existent pour un predialogue à l'extérieur ?
R.R.: Pour le moment ce n'est pas notre politique de sortir de la Colombie. Et c'est d'autant moins possible que plusieurs gouvernements ont cédé aux pressions d'Uribe et de Bush en nous incluant dans leurs listes des organisations terroristes. Cela empêche toute sortie de nos porte-parole.
SEMANA : Alors, où en est l'accord humanitaire ?
R.R.: Au point mort, dans la mesure où le gouvernement ne montre aucun intérêt à faciliter l'échange des prisonniers. Les Farc ont demandé les communes de Pradera et de Florida, mais le gouvernement refuse. Tant qu'il n'y aura pas de garantie de sécurité, les Farc ne peuvent pas se rendre à cet endroit pour y discuter l'accord. Toute rencontre doit être précédée de la démilitarisation de la zone en question, parce que nous n'avons aucune confiance dans le gouvernement.
SEMANA : Que s'est passé avec les preuves de survie ? Y en aura-t-il quelques-unes bientôt ? Ne pas révéler si les kidnappés sont en vie empêche qu'on avance.
R.R.: Les problèmes ne sont pas créés par les Farc, mais par les opérations militaires qui rendent difficile et risqué pour les prisonniers qu'on se rende aux emplacements où ils se trouvent pour en rapporter des preuves de survie. Pour le moment nous ne mettons pas de conditions à fournir ces preuves. Mais tous se portent bien.
SEMANA : Récemment la secrétaire d'État Condoleezza Rice et l'ex président Clinton ont cité la Colombie et sa politique de "sécurité démocratique" comme un exemple à appliquer en Irak contre le terrorisme. Que pensez-vous de cela ?
R.R.: C'est de la désinformation. Ce qu'ils disent démontre qu'ils ne connaissent rien de ce qui se passe ici.
SEMANA : On a publié dans plusieurs media équatoriens qu'il pourrait y avoir un préaccord avec le gouvernement de ce pays pour y libérer plusieurs kidnappés. Est-ce vrai ?
R.R.: Non. Ce sont des inventions.
SEMANA : Ces mêmes media ont signalé la destruction, par des forces équatoriennes, d'un campement des Farc dans ce pays.
R.R.: C'est exact. C'était un petit campement au bord de la rivière. C'est tout ce que j'en sais. Il se trouvait en zone frontalière. Une bonne partie de la rivière San Miguel constitue la frontière avec l'Équateur. Quand les troupes équatoriennes sont arrivées, les guérilleros sont immédiatement rentrés en Colombie.
SEMANA : On a aussi dit qu'ils avaient trouvé de la coca dans ce campement.
R.R.: C'est faux. J'ai parlé avec les commandants qui étaient là et ils m'ont dit que tout ce qui s'y trouvait, c'était un kilo de chaux pour nettoyer les viscères des bêtes.
SEMANA : Est-ce vrai que dans le campement ils ont laissé une note adressée aux militaires équatoriens ?
R.R.: C'est vrai. Nous avons laissé un message pour le gouvernement équatorien en réaffirmant que les Farc respectent son territoire et qu'ils n'effectuent aucune opérations en-dehors de la Colombie.
SEMANA : Mais les militaires ont dit que c'est de là qu'avait été organisée l'attaque de la Base de Teteyé.
R.R.: C'est faux.
SEMANA : Préparez-vous des attaques depuis Équateur ?
R.R.: Nous ne l'avons jamais fait. La Colombie est un pays de plus d'un million de kilomètres carrés : il y a ici toute la place nécessaire pour faire ce que nous avons à faire.
El video de ‘Raúl Reyes’ (streaming Real Player)