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Des activistes des droits humains en Colombie ont demandé ce lundi à Washington au Gouvernement des Etats-Unis qu'il retire son soutien à la Loi Justice et Paix parce que, à leur avis, cette loi ne fait qu'assurer l'impunité pour les paramilitaires dans ce pays.
Trois activistes du Mouvement des Victimes de Crimes d'État iront cette semaine au Congrès et au Département d'État pour dénoncer cette loi, promulguée cette année par le président colombien Alvaro Uribe, et qui vise à la démobilisation de milliers de membres de groupes armés illégaux.
C'est la première visite aux Etats-Unis qu'effectuent ces membres du Mouvement, créé cette année et qui réunit 230 organisations syndicales, de défense des droits humains et des parents de disparus en Colombie. "Nous voulons sensibiliser la Communauté internationale à la réalité en Colombie. Cette Loi... laissera dans l'impunité les crimes commis... fortifie le paramilitarisme, et a été développée dans le dos des victimes ", a expliqué aux journalistes Milliret Moncada, de l'Association des Parents de Disparus (ASFADDES).
"Nous voulons qu'on respecte notre droit à la vérité, à la justice et à la réparation", a dit Moncada, dont le père, Humberto, est disparu depuis le 6 juin 1983.
Pour sa part, Luis Javier Correa, du Syndicat National des Travailleurs de l'Industrie Alimentaire (SinaltrainalI), a dénoncé les auto-défenses comme étant "une action cachée de l'État" qui, à son avis, ne cherche qu'à protéger les multinationales étrangères qui opèrent en Colombie.
Selon Correa, il s'agit d'une "loi de pardon et de manque de mémoire" qui légalise les structures paramilitaires et trace la voie d'un virage vers l'extrème-droite" dans son pays.
Il a ajouté que la réparation "intégrale" pour les victimes doit aborder tout ce qui concerne la distribution des terres, la distribution de la richesse et un accord de paix durable.
Marleny Orjuela, de l'Association colombienne des Parents des Membres de la Force Publique Détenus et Libérés par des Groupes Partisans, a souligné que le Mouvement ne s'incline ni devant la guérilla ni devant les paramilitaires mais qu'il exige une punition pour les responsables de violations des droits humains.
En ce qui concerne le problème des séquestrés, Orjuela a regretté que les négociations pour un accord humanitaire soient au "point mort".
La tournée des trois activistes, patronnée par "le Latin American Working Group", a lieu un jour après les "Archivos Nationales de Séguridad", un projet de l'Université George Washington, où on a divulgué des documents déclassifiés qui concernent les liens entre certains membres des forces de sécurité et les Auc (paramilitaires) en Colombie.
Les documents, qui citent les noms de fonctionnaires colombiens de haut rang, décrivent les diverses pressions "institutionnelles" qui ont encouragé la collaboration avec les paramilitaires, et qui vont de " l'assentiment tacite" jusqu'à la participation directe.
"Ce qui est nouveau c'est qu'on y trouve des documents du Gouvernement des USA, dans lesquels sont décrites les attaques paramilitaires à La Gabarra et Tibú, en 1999. Plutôt qu'une politique de collaboration, c'est une culture institutionnelle " pour permettre les activités paramilitaires, a dit à EFE Michael Evans, analyste des Archives Nationales.
"Avec ce projet, ce que nous voulons, c'est identifier, acquérir et diffuser en Colombie des documents qui puissent servir de base à un débat politique, dans un pays où une grande partie de cette information est étouffée", a-t-il ajouté.
La visite des activistes du Mouvement arrive à un moment où les deux chambres du Congrès des USA ont prévu d'harmoniser, dans un seul projet de loi, leurs budgets respectifs pour les opérations extérieures pour l'année fiscale 2006, ce qui inclut l'aide américaine pour la Colombie.
La version finale du projet de loi déterminera la direction future "du Plan Colombie" contre le "narcoterrorisme", à auquel les USA ont apporté environ 3.300 millions de dollars depuis 2000.
Ce projet de loi établit les conditions, la quantité et le taux d'aide accordés par les Etats-Unis au Gouvernement de Bogota. À cette occasion, la version du Sénat limite l'aide militaire et augmente l'assistance pour les projets de développement, en plus d'imposer des restrictions à l'utilisation de fonds pour la fumigation de cultures illicites.