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Aida Duvaltier avait 67 ans. Elle a insisté pour prendre la place de son mari français qu'un commando armé était venu kidnapper. C'était il y a quatre ans et sept mois. Elle n'est jamais revenue. Les hommes qui ont débarqué dans la propriété des Duvaltier, à trois heures de route de la ville colombienne de Medellín, appartenaient à l'Armée populaire de libération, résidu d'une guérilla maoïste démobilisée. Aida est partie avec eux. Ils ont exigé une rançon. La famille a payé. Les ravisseurs ont demandé plus, avant de disparaître définitivement. Son mari et ses cinq enfants veulent croire qu'Aida est toujours vivante.
"L'incroyable mobilisation médiatique et politique dont a bénéficié Ingrid Betancourt -enlevée un an plus tard- nous a été douloureuse au début. Ma mère aussi est franco-colombienne", raconte sa fille Maria-Elena. "Aida Duvaltier n'est ni journaliste, ni candidate à la présidence de la République, ni amie de M. de Villepin. Personne n'en parle" , soupire un diplomate colombien, qui juge "inévitable que l'enlèvement d'une personnalité fasse plus de bruit que l'enlèvement d'un simple citoyen" . Aida Duvaltier et Ingrid Betancourt vivent pourtant la même tragédie, leur famille la même souffrance.
"Mais lorsque qu'il y a enlèvement contre rançon, le battage médiatique fait monter le prix de l'otage et peut compliquer sa libération", rappelle Harum Martinez, de la Fondation Pais Libre, qui lutte contre les enlèvements. Dans un premier temps, la famille d'Aida Duvaltier a ainsi opté pour la discrétion.
Ingrid Betancourt est, elle, "otage politique" des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Sa famille n'a aucun moyen d'obtenir sa libération. Les guérilleros ne veulent pas d'argent : ils veulent négocier avec le gouvernement colombien un troc de prisonniers. "La mobilisation de l'opinion publique internationale constitue une fragile assurance-vie pour Ingrid", considère sa mère. Et un moyen de pression pour que le gouvernement accepte de négocier.
Jusqu'à une date récente, les autorités françaises ont rarement évoqué l'existence d'Aida Duvaltier. Il y a quinze jours, les réunions secrètes entre un diplomate français et le porte-parole des FARC ont déclenché une grave crise diplomatique. La France a été accusée d'ingérence. Le diplomate colombien continue : "Il est clair que le gouvernement français veut désormais "dé-bétancouriser" sa politique." Et tenter de convaincre les Colombiens que son inquiétude concerne tous les otages.
En 2001, 3 046 personnes ont été séquestrés en Colombie, dont 49 étrangers. De janvier à août 2005, 461 cas d'enlèvements ont été signalés, dont ceux de deux étrangers. La réduction du nombre d'enlèvements est un des résultats les plus spectaculaires de la politique sécuritaire de l'actuel gouvernement.
Marie Delcas