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Une fuite dévoile les propositions du représentant du gouvernement aux AUC, armées privées d'extrême droite.
Leur conversation aurait dû rester confidentielle. Mais l'échange entre le haut-commissaire à la paix colombien, Luis Carlos Restrepo, et des groupes paramilitaires d'extrême droite a été enregistré et publié par l'hebdomadaire Semana, déclenchant un scandale. Sur les cassettes, le représentant du gouvernement propose aux chefs des milices les moyens d'échapper à la justice internationale.
Depuis cette publication, les journalistes de Semana ont fait l'objet de menaces et et se plaignent d'écoutes téléphoniques illégales. "Nous sommes inquiets pour la sécurité de ces journalistes et pour leurs conditions de travail, la confidentialité de leurs communications n'étant plus respectée. Si le secret des sources n'est pas garanti, c'est la fin du journalisme d'investigation. Alors que les services de l'Etat pourraient être en cause, il est important qu'une enquête sérieuse soit menée sur ce dossier", a souligné Reporters sans frontières dans une lettre adressée au procureur général de la Nation, Luis Camilo Osorio.
Complaisance
Apparues dans les années 1980 sous l'impulsion de militaires, de propriétaires terriens et de narcotrafiquants pour lutter contre les factions d'extrême gauche des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et de l'Armée de libération nationale (ELN), ces milices privées, fédérées dans les Autodéfenses unies de Colombie (AUC), contrôleraient aujourd'hui près d'un tiers du territoire, souvent avec la complicité ou la complaisance des autorités. Mais, il y a plus d'un an, elles se sont engagées à démobiliser 10 000 à 15 000 de leurs combattants avant 2006.
Or l'enregistrement montre que le gouvernement du président conservateur Alvaro Uribe reste compréhensif avec les chefs des AUC : aucun ne veut croupir dans une cellule, que ce soit en Colombie, où ils doivent répondre de massacres de civils, ou aux Etats-Unis, qui réclament l'extradition de onze d'entre eux pour trafic de drogue. Le négociateur Restrepo propose donc deux pirouettes juridiques. D'abord, explique-t-il, la Cour pénale internationale dont la Colombie s'est exclue pour les crimes de guerre jusqu'en 2010 ne peut juger que les faits restés impunis. Or, un projet de loi encore vague prévoit jusqu'à cinq ans de prison pour les démobilisés, soit une peine réduite mais qui «bloquerait les possibilités de cette juridiction internationale». Face à Washington, la solution est encore plus simple : Uribe utiliserait son «pouvoir discrétionnaire» pour refuser leur extradition.
Ces révélations ont été diffusées au pire moment pour le pouvoir, alors que la presse colombienne commence à dénoncer la «paramilitarisation du pays». Malgré une trêve annoncée en décembre 2002, les AUC ont en effet consolidé ou étendu leur emprise. Sur la côte caraïbe, elles ont massacré des Indiens pour libérer l'accès à un couloir de trafic de drogue et d'armes et organisent le détournement des fonds publics et privés. Autour de Bogota, la capitale, elles ont pris la place des Farc, chassées par une offensive de l'armée, et marqué leur arrivée par l'assassinat de mendiants et de leaders locaux marqués à gauche.
«Pédagogiques».
Dans ce contexte, l'apparent laxisme de Restrepo a choqué. Le processus de paix ne correspond pas à des négociations «entre parties opposées mais à une alliance entre l'Etat et les paramilitaires», a attaqué le parlementaire et ex-guérillero Gustavo Petro. Pour calmer l'incendie, le haut-commissaire a qualifié ses propositions de «pédagogiques», et Uribe a dû rappeler que l'extradition n'était pas négociable... à moins que les commandants des AUC ne démontrent «leur bonne foi et leur volonté de s'amender».