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"Aucune négociation de paix ne peut offrir l'impunité".

01/10/2004 - Las voces del secuestro, FIDH

Le colombien Luis Guillermo Pérez, secrétaire général de la Fédération Internationale de Droits Humains (FIDH),  a parlé de la crise que traverse le processus de paix que le Gouvernement a entamé avec les paramilitaires. Selon le porte-parole de cette Organisation Non Gouvernementale (ONG), dont le siège est en Belgique, "aucune négociation de paix avec aucun groupe armé ne peut à l'avance offrir l'impunité".

"Nous avons signalé au Gouvernement qu'aucun processus de paix ne peut partir du principe que ceux qui ont commis de graves crimes contre l'humanité puissent profiter en toute impunité de dispositions contraires aux obligations de l'État en matière de Droits Humains", a-t-il spécifié. Pérez a ajouté qu'il avait également demandé à Uribe qu'il " lève la réserve actuelle à l'article 124 du Statut de Rome, qui permet que pendant sept ans, les crimes de guerre commis en Colombie ne soient ni poursuivis ni jugés par la Cour Pénale Internationale (CPI)".

La clause de « l’ article 124 » permet à un Etat d’exclure de la compétence de la Cour les crimes de guerre commis par ses ressortissants ou sur son territoire, pour une durée de 7 ans à compter de l’entrée en vigueur du Statut à son égard. L’article 124 a été négocié et approuvé sur une initiative du gouvernement français, et vainement combattu alors par la FIDH. Sur les 78 pays qui ont à ce jour ratifié le Statut de la CPI, seules la France et la Colombie ont décidé de se prévaloir de cet article.

Le Gouvernement colombien a pris cette décision, au début d'août 2002 soit deux mois après avoir ratifié le traité de 1998 qui créait la CPI, pour permettre une sortie négociée au conflit armé prolongé interne. "La FIDH et la Communauté internationale estiment que c'est un signal désastreux envoyé à un pays qui souffre encore d'un conflit interne, et c'est encourager les acteurs armés à continuer à perpétrer  leurs crimes de guerre pendant les sept prochaines années", a dit Pérez.

Selon l’article 8 du Statut de Rome, sont considérés comme crimes de guerre les infractions graves aux Conventions de Genève du 12 août 1949, ainsi que toute autre violation des lois et coutumes qui régissent les conflits armés ; font partie entre autres de cette liste les attaques délibérées contre les populations civiles et leurs biens, le transfert forcé des populations, l’embrigadement et la participation de mineurs de moins de 15 ans dans des opérations militaires, la prise d’otages, le fait d’affamer de façon délibérée les populations, l’utilisation d’armes interdites.

Le recours à l’article 124 est particulièrement grave dans le contexte colombien où les affrontements armés touchent chaque jour les populations civiles. Comme l’a fait savoir la FIDH à plusieurs reprises, la violence politique est responsable quotidiennement de la mort de 15 civils en moyenne, et de l’expulsion de milliers de personnes de leurs terres ou de leur lieu de travail. Face à ces violations des droits de l’Homme et du Droit international humanitaire, l’impunité est presque totale dans le pays. C’est pourquoi la CPI, qui est un mécanisme de justice complémentaire face aux justices nationales défaillantes, doit devenir une force de prévention et de dissuasion de la perpétration de tels actes.

La FIDH prend note de l’annonce du gouvernement colombien, d’une possible annulation de la déclaration en question, faite par le prédécesseur de l’actuel président. Elle appelle le gouvernement d’Alvaro Uribe Velez à agir en ce sens dans les plus brefs délais. La FIDH déplore en outre que le gouvernement colombien ait fini par céder aux pressions du gouvernement des Etats-Unis en signant un accord bilatéral de non transfert de ses ressortissants devant la CPI, au prétexte de la lutte contre le terrorisme. C’est en réalité une justice à deux vitesses, que la Colombie, contribue à consacrer par les actes qu’elle vient de poser


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