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La découverte du cadavre lacéré de coups de couteau d'une jeune fille de 15 ans, séquestrée pendant un an par les forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), illustre la férocité des groupes armés qui chaque année prennent de plus en plus d'enfants en otage.
"Il n'y a pas de limites pour ces groupes, sans Dieu ni loi, qui ne connaissent plus que la barbarie. De tels crimes sont une offense contre l'humanité", a affirmé vendredi à Bogota le secrétaire général de la Défense des droits du peuple (organisation humanitaire), M. Darío Mejía, qui partage l'indignation de milliers de Colombiens.
"Je suis heureuse d'être à nouveau réunie avec Daniela, même si elle ne vit plus. Je n'aurai plus cette horrible incertitude de ne pas savoir comment elle va, de ne pas savoir ce qu'ils (les ravisseurs) lui font", murmure, hébétée de douleur, sa mère panaméenne Graciela McLaughlin.
"La vérité est que je suis sans parole devant une telle sauvagerie. Ce qu'ils ont commis est monstrueux: tuer sans motif une enfant innocente", a déclaré à la presse son père colombien Miguel Angel Vanegas alors qu'il se rendait à la morgue pour reconnaître le corps mutilé de sa fille, retrouvé 20 jours plus tôt dans le sud de la capitale.
"Nous attendions sa libération car ses ravisseurs nous envoyaient depuis un an des cassettes, des preuves qu'elle était en vie et ces gens nous demandaient de contribuer financièrement à leur guerre et affirmaient que le bloc oriental des FARC avait besoin d'argent", a poursuivi M. Vanegas, un commerçant.
M. Vanegas indique que Pablito Romero, le chef de la colonne Abelardo Romero des FARC, lui a téléphoné à plusieurs reprises. "Ce dernier, raconte le père, me demandait: veux-tu laisser mourir ta fille? Sais-tu qu'elle dort à même le sol, sous la pluie? Elle n'arrive même plus à marcher. Payes, si tu veux la sortir d'ici".
"Et voilà le résultat, ce lâche assassinat sans raison d'une enfant de 15 ans", conclut le père effondré.
Daniela avait été enlevée le 6 octobre au matin par trois hommes armés alors qu'elle attendait en compagnie de sa soeur jumelle l'autobus scolaire pour se rendre au collège.
La disparition n'avait été signalée aux autorités qu'en février car dans un premier temps la famille avait tenté de négocier directement avec les FARC la libération de la mineure afin d'augmenter les chances de la retrouver saine et sauve, redoutant un assaut fatal de l'armée. Toutefois les ravisseurs exigeaient au nom des FARC 770.000 dollars de rançon et M. Vanegas n'a jamais pu réunir une telle somme.
L'ONU qui a qualifié cet acte "d'atrocité", a exigé des FARC qu'ils se "prononcent sans délai" sur leur responsabilité dans ce crime.
La directrice de la "Fondation pour un pays libre", Mme Patricia Villaveces, spécialisée dans les enlèvements, indique que les enlèvements d'enfants sont en constante augmentation avec 213 en 2001, 372 en 2002, 349 en 2003 et 223 depuis le début de 2004. Ils représentent cette année plus de 20% du total des enlèvements dans le pays.
En Colombie 1632 enfants ont été enlevés depuis 1999 et 403 sont encore emprisonnés. 18 sont morts en captivité.
"Lorsque des Italiennes ou un Anglais sont enlevés en Irak, le monde entier s'indigne justement. Ici des groupes organisés comme les paramilitaires ou les FARC, qui ont une audience en Europe, séquestrent nos enfants, nous envoient leur oreille ou un doigt et parfois même les assassinent froidement, dans l'indifférence générale du reste du monde", conclut fataliste Alberto Ortiz, un enseignant de Bogota.