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Otages : la fin d'une médiation

23/11/2007 - AFP, Le Courrier International, Semana, 20 minutes.fr, Politique.net

"La Colombie s'est réveillée ce jeudi 22 novembre avec une nouvelle aux conséquences imprévisibles pour les relations colombo-vénézuéliennes. Le président [colombien] Alvaro Uribe a mis fin de manière fulgurante au travail de médiation d'Hugo Chávez [qui tente de négocier depuis trois mois la libération des otages politiques retenus par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)]" constate l'hebdomadaire Semana sur son site web.

Cette décision "monumentale" est la conséquence d'un appel téléphonique de la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, elle aussi médiatrice, au commandant général de l'Armée colombienne, le général Mario Montoya. Car la sénatrice aurait profité de ce coup de fil pour passer Hugo Chávez au général Montoya.

Selon un communiqué du gouvernement colombien rendu public mercredi 21 novembre tard dans la soirée, Alvaro Uribe avait expressément interdit au président Chávez "de communiquer directement avec la hiérachie militaire colombienne". Mais ce qui semble avoir surtout froissé le gouvernement colombien, explique Semana, c'est qu'en portant ces dernières semaines le thème des otages sur la scène internationale, le chef d'Etat vénézuelien a redonné "de la popularité aux FARC" et rend "également" responsable du sort des otages le gouvernement d'Uribe et les FARC.

Uribe ne veut pas "mettre en danger" la lutte contre les FARC

Le président colombien Alvaro Uribe a affirmé jeudi qu'il ne voulait pas que les "efforts de paix" puissent "mettre en danger" la lutte contre la guérilla des FARC, au lendemain de sa décision de mettre fin à la médiation de son homologue vénézuélien Hugo Chavez.

"Il faut faire tous les efforts pour la paix et un accord humanitaire mais en tenant compte qu'on ne peut pas mettre en danger la sécurité démocratique", a déclaré M. Uribe lors d'un discours au palais présidentiel à Bogota.

Le président colombien Alvaro Uribe a brutalement mis fin à la médiation de son homologue vénézuélien Hugo Chavez sur un échange d'otages détenus par la guérilla des Farc contre 500 rebelles emprisonnés, invoquant une ingérence dans les affaires de l'Etat.

"Le président de la République (Uribe) considère comme terminées la facilitation de la sénatrice (colombienne) Piedad Cordoba et la médiation du président Hugo Chavez et les remercie pour leur aide", a annoncé un bref communiqué de la présidence.

Alvaro Uribe reproche dans ce communiqué au président Chavez d'avoir directement contacté au téléphone le commandant de l'armée colombienne, le général Mario Montoya, et de l'avoir interrogé sur les otages.

Selon le communiqué, M. Uribe aurait demandé, au cours de sa dernière rencontre avec Chavez le 10 novembre à Santiago du Chili, au médiateur vénézuélien de ne pas prendre directement contact avec les hauts responsables de son armée.

A Paris, le président français Nicolas Sarkozy a immédiatement demandé à son homologue colombien de "maintenir le dialogue" avec Hugo Chavez.

"Nous continuons de penser qu'Hugo Chavez est la meilleure chance de libérer Ingrid Bétancourt et tous les otages", a déclaré jeudi lors de son point de presse le porte-parole de l'Elysée, David Martinon.

Cette décision a suscité la consternation de la famille et des soutiens à Paris de la franco-colombienne Ingrid Betancourt.

"C'est plus que de la consternation, c'est quelque chose de dramatique", a affirmé Fabrice Delloye, ex-mari de cette femme politique retenue depuis 2002 par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-marxistes).

Le comité de soutien de Mme Betancourt à Paris estime que le président Uribe "a atomisé notre espoir, une nouvelle fois, en pratiquant l'art de l'hécatombe, seule discipline dans laquelle il est décidé à exceller malheureusement".

Mme Marleny Orjuela, la porte-parole des familles de militaires et de policiers otages, dans une déclaration à radio Caracol, a estimé que "l'on joue avec la douleur des familles de victimes".

"Contacter directement le chef de l'armée colombienne est une grosse maladresse que Chavez est capable de faire mais, même si cela est vrai, la réaction extrême d'Uribe démontre un refus total de négocier avec les Farc. Depuis la rencontre de Paris entre Chavez et (le président français Nicolas) Sarkozy, M. Uribe ne cesse de dresser de nouveaux obstacles sur la voie d'un échange", estime un diplomate européen qui a requis l'anonymat.

Le jour même de l'arrivée à Paris d'Hugo Chavez, Uribe fixait à la médiation du président du Venezuela la date limite du 31 décembre.

Au même moment, le Haut commissaire pour la paix colombien Luis Carlos Restrepo déclarait à plusieurs radios que son gouvernement exigeait de M. Chavez "une formule pour la libération des otages", au risque de voir sa mission interrompue. Or, il s'agit d'un des points les plus complexes à régler dans ces négociations car les Farc exigent pour libérer les 45 otages que 500 de leurs guérilleros soient remis en liberté et puissent rejoindre leurs rangs.

De son côté, le président colombien répète depuis des mois qu'il négociera avec les rebelles uniquement si les guérilleros emprisonnés s'engagent officiellement à ne pas reprendre la lutte armée après leur sortie de prison.

Quelques heures plus tard, M. Restrepo durcissait aussi les conditions posées à une rencontre sur le territoire colombien entre M. Chavez et le chef rebelle Manuel Marulanda. Le gouvernement colombien exige comme préalable à cette rencontre une libération d'un premier groupe d'otages mais également un engagement officiel des Farc à libérer tous les autres otages.

"Il n'a jamais été question qu'ils (les otages) soient tous libérés (avant des négociations, ndlr)", a réagi de Paris M. Chavez.

Ingrid BETANCOURT, CHAVEZ, et le "problème URIBE"

Mais "à quoi joue le Président URIBE" ? C'est la question que l'on peut légitimement se poser, après la décision unilatérale prise par le Président colombien de mettre fin à la mission de "médiation" menée par le Président vénézuélien Hugo CHAVEZ. Ce dernier, idéologiquement proche des FARC (guerilleros marxistes retenant Ingrid BETANCOURT depuis maintenant 5 ans), semblait effectivement toucher au but de sa mission: nouer des liens réguliers avec les dirigeants guerilleros, dans le but d'entamer des négociations afin de libérer leur "prestigieuse" otage. Visiblement ulcéré par la rencontre qui aurait eu lieu entre CHAVEZ et le chef des FARC, le Président URIBE vient brutalement de couper le lien pouvant unir les négociateurs français, aux troupes rebelles cachées dans la jungle colombienne.

Ce n'est pas la première fois que le Président colombien sabote ainsi le processus de négociation. On l'avait vu par exemple, suite à un entretien avec le Président SARKOZY lui demandant de renouer des contacts serrés avec les rebels, arranguer publiquement la foule colombienne dans un discours enflammé contre les FARC, annonçant une opération militaire de grande ampleur en vue de pourchasser la guerilla (leur donnant ainsi, le signal du repli).

Très remonté contre la rébellion "marxiste", le Président URIBE ne s'embarrasse pourtant pas de scrupules lorsqu'il s'agit d'amnistier les para-militaires d'extrême droite, au nom de la "concorde nationale". Au delà des motifs idéologiques déterminant son action, le Président URIBE possède aussi un intérêt politique direct dans le faît de garder Ingrid BETANCOURT détenue dans la jungle. Cette dernière s'était en effet présentée face à lui en 2002, et c'est durant la campagne présidentielle que s'est produit son enlèvement. Cette adversaire mise hors d'état de nuire, Alavaro URIBE a remporté les élections sur le thème de la lutte contre la guerilla, avant de se faire réélir en 2007, sans pourtant avoir donné satisfaction sur ce point.

Suite à cette nouvelle décision brutale, le Président colombien reste aujourd'hui un obstacle plus que sérieux à la libération de l'otage française. Véritable "boulet politique et diplomatique", Alvaro URIBE est toujours en situation d'échec dans sa guerre contre les FARC, et semble moins que jamais à même de permettre la libération d'Ingrid BETANCOURT. Que faudra-t-il pour lui faire entendre raison ?


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