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Le président Hugo Chávez est arrivé à Paris "les mains vides", c'est-à-dire sans la preuve qu'Ingrid Bétancourt et les autres otages sont encore vivants. Un échec qui montre, pour le quotidien colombien El Tiempo, combien il est bien difficile de négocier avec les FARC.
On dirait que les différentes parties impliquées, en particulier le président Hugo Chávez, nouveau venu dans ce domaine épineux, commencent à se rendre compte des immenses difficultés que pose un échange humanitaire [entre les otages politiques des FARC et des guérilleros prisonniers]. C'est du moins la conclusion qui s'impose devant les derniers développements intervenus des deux côtés de l'Atlantique. Un processus aussi long et tortueux que celui des négociations entre le gouvernement colombien et les FARC pour la libération des 47 otages "politiques", militaires et étrangers de la guérilla en échange des rebelles emprisonnés donnera toujours lieu à des lectures indubitablement pessimistes ou optimistes.
Aujourd'hui, plusieurs choses sont claires. Premièrement, Hugo Chávez a débarqué à Paris [dans la soirée du lundi 19 novembre], et s'est rendu auprès du président Nicolas Sarkozy [le mardi 20 novembre], les mains vides. Pourtant, à en croire les déclarations qu'il avait faites avant son voyage, les FARC lui avaient juré qu'il aurait des preuves que les otages étaient toujours en vie. Il s'est retrouvé Gros Jean comme devant, avec à peine un message promettant qu'il aura les fameuses preuves d'ici la fin de l'année.
Deuxièmement, après s'être dit persuadé qu'Ingrid Betancourt est toujours vivante et avoir insisté sur sa volonté de se réunir avec Manuel Marulanda, le chef des FARC, dans le Caguán [au sud de la Colombie], le président du Venezuela a révélé que son homologue colombien, Alvaro Uribe, était prêt (sous certaines conditions) à rencontrer Marulanda et même à négocier la paix avec la guérilla [ce qui a entraîné plusieurs communiqués du gouvernement colombien précisant que l'information était confidentielle et qu'une rencontre entre le président Uribe et Marulanda ne serait possible qu'après la libération de tous les otages, et fixant la fin de la mission de médiation d'Hugo Chávez au 31 décembre prochain].
Troisièmement, rien ne sert de se demander si Bogotá est fâché que Chávez ait rompu un accord de confidentialité (ce qu'il nie). Le fait est que le gouvernement colombien a fixé la limite de la médiation de Chávez au 31 décembre. Imposer une date-butoir à un dialogue avec les FARC, un interlocuteur qui ne sait pas ce qu'un délai veut dire et n'en respecte aucun, n'est pas négatif en soi. Si le but est d'entamer une véritable négociation sur des bases concrètes, comme l'a laissé entendre le haut-commissaire du gouvernement colombien pour la paix, Luis Carlos Restrepo, un délai peut être utile. Sinon, les réunions pourraient s'éterniser, le gouvernement et les FARC campant sur leurs positions - des positions qui, soit dit en passant, restent "inébranlables" : les FARC demandent un retrait de l'armée pour négocier et Uribe veut négocier sans bouger ses troupes.
Nul besoin d'avoir une intelligence supérieure pour comprendre qu'une libération des otages sera impossible dans le délai fixé par le gouvernement. Si c'est ce qui est attendu d'ici au 31 décembre, alors, l'entremise de Chávez restera vaine. Reste à savoir ce qu'attend vraiment le gouvernement colombien de cette médiation. Un élément nouveau, et peu positif, est la tension qui à cette occasion est apparue entre les gouvernements colombien et vénézuélien. Il serait très regrettable que l'attitude des FARC altère les relations entre la Colombie et le Venezuela, relations qui, malgré les différences idéologiques de leurs dirigeants, n'ont jamais été aussi bonnes.
Editorial
El Tiempo