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Un autre Noël sans les séquestrés

02/11/2006 - El Pais (España), Cronica

Gustavo Moncayo, muestra la foto de su hijo Pablo, uno de los raptadosSix policiers colombiens entrent ce mercredi dans leur neuvième année de détention par les FARC, un anniversaire qui coïncide avec la rupture par le gouvernement des approches envers la guérilla pour négocier son échange et celui de 52 autres otages.

Ces six policiers - trois officiers et trois sous-officiers - ont été capturés le 1 novembre 1998 lors d'une attaque rebelle à la localité de Mitú, à la frontière sud avec le Brésil. Dans cette action 22 policiers et militaires et huit civils sont morts, tandis que 61 militaires étaient fait prisonniers. 54 d'entre eux ont retrouvé la liberté en juin 2001 grace à un accord humanitaire par lequel les FARC ont libéré 242 membres de la force publique.

Un autre Noël sans les séquestrés

Silvio croit que seul un miracle pourra lui rendre son fils, kidnappé par les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) il y a huit ans. C'est ce qu'il croit depuis le 20 octobre passé, quand, dans une réaction dure à l'explosion d'une voiture piégée hypothétiquement placée par les FARC dans un complexe militaire de Bogota, le président de Colombie, Álvaro Uribe, a fait marche arrière dans son intention de conclure un accord humanitaire avec la guérilla et a donné l'ordre de délivrer par une opération militaire les 55 personnes que la guérilla maintient en otages pour pouvoir les échanger contre ses combattants détenus en prison.

Le fils de Silvio est policier et fait partie des otages appelés echangeables. Au cours des derniers mois, pendant les rapprochements entre le Gouvernement et la guérilla, il lui est arrivé de rêver qu'il allait revoir son fils avant la fin de l'année.

C'est pourquoi, avec son épouse Magdalena, ils se considèrent comme blessés et trompés par le virage abrupt et radical du président Uribe. Et, malgré tout, "Dieu moi va nous permettre de revoir notre fils", déclare-t-il au milieu de son désespoir.

Jeudi passé, à la fin d'un jour pluvieux, il est monté avec une torche à Monserrate, une des collines qui entourent Bogota, et là, avec d'autres parents de kidnappés, il a adressé ses prières au Christ miraculeux, patron de cette paroisse dans la montagne.

Magdalena n'a pas pu l'y accompagner. "Avec cette douleur, lui elle attrape toutes sortes de maladies", explique-t-il. Il y a deux ans que Magdalena est obligée de marcher avec une canne ; elle passe la plus grande partie de son temps dans sa maison, dans un quartier populaire de la capitale. Dans un cahier elle fait le décompte des jours de captivité de son seul fils. "Je sais ainsi la douleur qui me frappe", explique-t-elle.

La marche aux flambeaux à Monserrate n'a pas été la seule protestation qu'ont organisée ces jours-ci les mères, les pères, les fils et les frères des otages.

Comme le dit Yolanda Pulecio, la mère de l'ex candidate à la présidence Ingrid Betancourt, kidnappée il y a presque cinq ans, les manifestants veulent "que le président sache que personne ne veut la guerre". Avec une moue de douleur, elle admet qu'elle aussi a rêvé d'embrasser Ingrid à Noël : "Nous avions déjà parlé avec les enfants pour qu'ils viennent". Ingrid a la nationalité française et ses enfants vivent en France.

Pour les familles, l'ordre de sauvetage des otages par la voie militaire, émise par Uribe le jour suivant de la tentative, est synonyme de mort.

A Cali, où les FARC ont kidnappé 11 députés en avril 2002, les marcheurs portaient des sacs de matière plastique noire où ils avaient écrit "ils ont été libérés". "Nous ne voulons pas qu'ils nous restituent des sacs avec des cadavres", clament-ils. Le Gouvernement a offert une somme importante pour des information qui permettraient de savoir où les FARC gardent leurs prisonniers.

Clara González, la mère de Clara Rojas, kidnappée avec Ingrid Betancourt, croit qu'on doit explorer des voies différentes de l'accord humanitaire. Elle pense que le pays tout entier, avec l'aide de la Communauté internationale, doit demander aux guérilleros des FARC de libérer tous les kidnappés.

Il y a deux ans que cette femme a quitté sa maison, dans un village proche de la capitale, et qu'elle vit dans l'appartement de sa fille. Mais depuis ce même jour où elle est arrivée dans cet espace petit et plein de livres, elle a perdu toute force dans les jambes. Elle a une explication : "Elle a dû passer dans toute la force intérieure dont j'ai eu besoin durant ces longues années d'attente".

Elle marche aujourd'hui soutenue par une canne. Est c'est ainsi qu'elle est arrivée, la semaine passée, à la manifestation de protestation que, tous les mardis,  les parents des échangeables organisent sur la place centrale de Bogota (place Bolivar, face au Congrès).

Pour elle, la dureté des mots du président Uribe a été comme une douche froide. Cependant, elle essaye de comprendre le pourquoi de ce virage : "Je le vois comme une réaction humaine de quelqu'un qui veut maintenir un principe d'autorité", nous dit-elle.

Les parents ne perdent pas l'espoir de revoir bientôt leurs enfants qui sont maintenant détenus en otages. C'est ce que Clara González nous confie, "par un pressentiment de mère". Elle essaye de se convaincre elle-même : "Ils ne seront pas de retour ce Noël, mais j'espère que ce sera le dernièr Noël sans eux".


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