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"Je crois en Dieu. C'est ma force"

14/11/2006 - La libre, Ouest France

Yolanda Betancourt, mère d'Ingrid détenue par les Farc depuis le 23 février 2002, explique son combat. Elle puise son énergie dans l'amour pour sa fille. Et désespère du président Uribe qui "ne veut pas d'un accord humanitaire".

Yolanda Pulecio Betancourt publie "Ingrid ma fille, mon amour" (*), un recueil de messages qu'elle adresse régulièrement à sa fille, détenue par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) depuis le 23 février 2002, à travers une émission de la radio "Caracol" diffusée à destination des "séquestrés" dans la jungle colombienne.

Rencontre, entre détermination et émotion.

Pourquoi avoir fait ce livre ?

Pour qu'Ingrid sache que je suis à côté d'elle tous les jours. C'est comme un cadeau pour elle. Pour lui donner de la force. Je ne sais pas si elle m'écoute; j'espère. Des otages qui sont sortis libres ont affirmé que la guérilla donne un petit poste de radio et des piles pour que les séquestrés puissent entendre leur famille.

Vous évoquez souvent votre foi en Dieu. Ne vous demandez-vous jamais pourquoi il vous impose cette épreuve ?

Je n'ai pas perdu la foi. Mon mari me disait toujours : "La feuille de l'arbre ne remue pas sans la volonté de Dieu". Je crois en Dieu. C'est ma force. Vers qui les gens qui ne croient pas en Dieu dans un monde pareil peuvent-ils se tourner ?

Vous expliquez que 71 pc des Colombiens sont en faveur de l'accord humanitaire qui permettrait de libérer les otages. Pourtant, le président Uribe a été réélu cet été alors qu'il n'y est guère favorable. Comment expliquez-vous cela ?

Il nous a menés en bateau pendant cinq mois (avant l'élection, NdlR.) en disant qu'il allait appliquer l'accord humanitaire. Moi, la première, j'ai cru de nouveau au président Uribe. Je n'ai jamais pensé qu'il pourrait reculer après l'engagement qu'il avait tenu avec les familles des séquestrés... Même les partisans de Uribe que je rencontrais me disaient : "Ecoutez, Yolanda. Maintenant, il ne peut pas reculer. C'est un engagement d'Etat avec les pays qui nous aident". C'était un compromis d'Etat. Je ne pouvais pas croire que d'un moment à l'autre, le Président allait tout faire basculer.

Après sa réélection, le président Uribe a d'ailleurs fait des déclarations en faveur de négociations sur le sort des otages. Et puis il y a eu cet attentat à la voiture piégée contre l'Université militaire de Bogota, le 19 octobre, après lequel le chef de l'Etat a annoncé renoncer à envisager l'échange de prisonniers. Pour vous, est-ce que cet attentat est suspect ?

Bien sûr. Une demi-heure après l'attentat, Alvaro Uribe a accusé les Farc. Avant mon voyage en Europe, le procureur de Colombie a encore affirmé qu'il n'avait aucune preuve que les Farc étaient responsables de l'attentat... Pourquoi le président Uribe, dans un discours très haineux, a-t-il refusé au médiateur de paix d'entamer les négociations avec la guérilla sur l'accord humanitaire ? Et en plus, il a ordonné à l'armée de libérer les otages par la force... Je ne pouvais pas y croire. J'ai pleuré.

Comment expliquez-vous la politique du président Uribe ?

Au fond de lui, il ne veut pas l'accord humanitaire. Pourquoi ? Parce qu'il ne pense qu'à lui. Pourquoi ne pense-t-il pas à toutes les familles qui souffrent ? Je ne veux pas avoir de sentiment négatif à son égard. Je l'ai vu il y a un an. Je lui ai dit directement : "Je ne veux pas vous détester parce que je suis catholique. Je demande pardon à Dieu. J'ai dû me confesser pour tous les sentiments que j'éprouve à votre égard". Car, pour une maman, savoir qu'il a la clé de la libération de sa fille et qu'il ne fait rien...

Une des clés de la question des otages n'est-elle pas aussi aux Etats-Unis et dans l'alliance entre Uribe et Bush ?

En Amérique du Sud, c'est le seul qui est encore aux côtés de Bush, qui était pour la guerre en Irak. Il est pour la guerre, pour la violence. Il ne veut pas établir le dialogue. Le président Uribe est très intelligent. Il a mélangé la question de l'"accord humanitaire" avec celle du processus de paix.

La question des otages n'a-t-elle pas aussi une dimension politique ?

C'est humanitaire. La Colombie a signé les Conventions de Genève pour le droit international humanitaire. Il a fallu que le Président accepte qu'il y a un conflit armé en Colombie; il ne voulait pas le reconnaître. Il s'alignait sur Bush en affirmant que les Farc ne sont que des terroristes.

Où trouvez-vous l'énergie pour poursuivre votre lutte ?

Dans l'amour pour ma fille et pour mes petits-enfants. Je suis grand-mère et cela me fait très mal de savoir qu'ils grandissent sans leur mère.

Dans le principe que j'ai toujours défendu avec Ingrid : lutter contre l'injustice. Et dans la foi en Dieu.


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