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Dix  partis verts viennent à Bogota pour soutenir l'accord humanitaire

03/11/2005 - Terra, LesVerts.fr, Le Monde

Tous les mardis, les mères des soldats et policiers détenus par la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) se retrouvent sur la place Bolivar, à Bogota. Une banderole, un mégaphone, quelques passants indifférents : le drame de 34 hommes retenus dans la jungle, certains depuis huit ans, ne pèse pas lourd.

Quinze personnalités politiques, dont Ingrid Betancourt, et des dizaines d'otages enlevés contre rançon, partagent leur sort. "Nous ne sommes plus qu'une dizaine à venir toutes les semaines" , soupire Marleny Orjuela, présidente de l'Association des familles de militaires séquestrés. Après quarante ans de conflit armé, la Colombie s'est habituée à l'intolérable.

Mardi 1er novembre, une délégation internationale des Verts, qui a fait le voyage à l'initiative de l'eurodéputé Alain Lipietz, a fait acte de présence. "Nous sommes là pour exprimer notre solidarité avec Ingrid Betancourt et tous les otages , explique Grazia Francescato, porte-parole du Parti vert européen. Nous voulons que le gouvernement accepte de s'asseoir à la table des négociations." Parmi les familles des otages, le pessimisme règne. La Cour constitutionnelle vient d'autoriser le président Alvaro Uribe à se représenter aux élections de 2006.

Cette délégation comprend l es représentants de partis écologistes d'Australie, de Belgique, de Bosnie, du Brésil, des Etats-Unis, de France, de Hollande, d'Italie, du Japon et de Taiwan, qui prennent part à Bogota au forum 'Rencontres Internationales pour l'Accord Humanitaire et le Droit des Peuples".

Les Verts mondiaux entendent ainsi montrer publiquement à l’opinion publique colombienne, au président Uribe et aux FARC le prix qu’ils attachent à la libération de l’ensemble des otages colombiens, dont Ingrid Betancourt et Clara Rojas. Les Verts sont convaincus qu’une très forte pression internationale est nécessaire pour pousser le président Uribe et les FARC à un accord humanitaire.

La délégation des Verts s’associera à la manifestation des parents de victime, et aura de nombreux entretiens avec de nombreuses organisations et personnalités colombiennes comme Luis Eduardo Garzon, maire de Bogota, Luis Carlos Restrepo, commissaire à la paix du gouvernement, Mgr Luis Augusto Castro, président de la conférence épiscopale, des forces politiques de la gauche démocratique (Pole démocratique indépendant, Front Social et politique), des syndicats, des ONG, etc.

Les participants à cette réunion ont demandé aux autorités colombiennes de ne pas tenter un sauvetage militaire des kidnappés pour ne pas mettre leurs vies en danger.

Karl Romanelli, du Parti Vert des USA, a déclaré que la mission des parlementaires et sympathisants qui sont arrivés à Bogota 'espère une solution négociée au conflit colombien 'et veut oeuvrer dans le monde pour la paix dans la nation sud-américaine.

Cependant, il a souligné que cette solution 'implique de rompre avec la culture de l'impunité '.

Les représentants internationaux ont critiqué la loi justice et paix promulguée par le Congrès et le Gouvernement colombiens pour organiser la démobilisation des paramilitaires de droite, qui poursuivent des négociations avec l'Exécutif depuis la fin de 2003.

Ils ont souligné que cette loi ne combat pas l'impunité des crimes contre d'humanité commis par les paramilitaires.

 

"Uribe ne veut rien négocier, mon fils va pourrir dans la forêt" , soupire une manifestante. Marleny Orjuela tente de lui rendre courage. "Le chef de l'Etat est imprévisible , dit-elle. Pendant la campagne électorale, il va peut-être accepter de négocier."

Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Betancourt, en doute. "Nous devons nous battre contre la guérilla qui a kidnappé nos proches, contre le gouvernement insensible au sort de ses citoyens et contre l'indifférence de l'opinion , a-t-elle expliqué aux Verts. Uribe a mis des bâtons dans les roues à tous ceux qui ont tenté de jouer les intermédiaires, que ce soit l'ONU, l'Eglise ou la France."

Bogota se dit prêt à négocier un échange entre les membres des FARC emprisonnés et les 59 otages politiques détenus par la guérilla. Mais M. Uribe refuse la démilitarisation de deux municipalités rurales, exigée par les FARC, pour accueillir les négociateurs.

Le gouvernement n'a pas daigné recevoir les Verts. "Il me paraît surprenant qu'une délégation d'un tel niveau vienne en Colombie et ne soit pas reçue , a déclaré Sergio Coronado, porte-parole des Verts français. M. Uribe invente au dernier moment des maladies rares et soudaines."

Yolanda Pulecio a attendu sept mois un entretien avec le chef de l'Etat. "Président, je vous hais" , lui a-t-elle dit en face, le 26 juillet. Elle déteste aussi Antanas Mockus, ex-maire de Bogota et candidat indépendant à la présidence de la République, venu expliquer aux Verts ses réticences concernant l'"échange humanitaire" . "Nous ne pouvons le faire que si la guérilla accepte d'abandonner définitivement la pratique des enlèvements , soutient M. Mockus. L'Etat ne peut accepter de céder sous la pression du chantage. Ce serait pousser les guérilleros à continuer."

Menue et élégante, Clara de Rojas ne s'en prend à personne. Sa fille, amie et assistante d'Ingrid Betancourt, a été enlevée le même 23 février 2002. Elle est tombée dans l'oubli. Clara de Rojas n'a pas de mots, elle n'a que des larmes.


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