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La mère de l'otage franco-colombienne Ingrid Betancourt a commémoré vendredi à Bogota dans l'indifférence quasi-générale et le désespoir le millième jour de captivité de sa fille alors que les négociations pour sa libération sont dans l'impasse.
"C'est insupportable. Je viens d'endurer mille jours de douleurs", a déclaré les larmes aux yeux Mme Yolanda Pulecio venue planter des arbres en hommage aux personnes séquestrées dans un parc du sud de la capitale en compagnie d'un groupe d'une cinquantaine de personnes dont une majorité d'enfants.
Yolanda Pulecio, la mère de l'ancienne candidate écologiste à l'élection présidentielle détenue depuis le 23 février 2002 par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, guérilla marxiste), semble égarée au milieu des rares militantes du parti "Vert Oxygène", venues également réclamer la libération d'Ingrid.
Yolanda est accablée par les dernières déclarations du président Alvaro Uribe qui rejette catégoriquement les conditions exigées par les FARC, notamment la création d'une zone démilitarisée, pour négocier un échange de prisonniers contre des otages.
"Il semble qu'ils se sont tous mis d'accord pour ne pas parvenir à une solution. Nous sommes vraiment atterrés parce que lorsque ce n'est pas le président qui pose des conditions draconiennes, c'est au tour de la guérilla", s'insurge Mme Pulecio.
"C'est horrible, poursuit-elle, que le président ferme ainsi toutes les portes, c'est horrible qu'il privilégie des considérations politiques au détriment de considérations humanitaires".
Depuis des mois, le gouvernement et les FARC affirment l'un et l'autre être favorables à un échange mais s'affrontent en permanence sur les modalités, notamment sur les lieux de négociation. Dans les conditions actuelles les deux camps semblent peu enclins à négocier mais refusent de porter la responsabilité d'un échec.
"Je traverse des moments de désespoir, j'ai l'impression de m'adresser à des sourds et ne sais plus comment toucher le président qui refuse de me recevoir ou les FARC qui depuis plus d'un an ne m'ont pas donné de nouvelles d'Ingrid", poursuit-elle, effondrée. A ses côtés, un groupe d'enfants scande bruyamment: "Oui à un accord humanitaire".
Le comité de soutien à la libération d'Ingrid et sa famille organise également des manifestations dans de nombreuses villes de Colombie, ainsi que dans plusieurs capitales dont Paris, Madrid, Bruxelles, Dublin et Panama City.
Les derniers espoirs de la mère d'Ingrid se tournent vers l'étranger, notamment l'Europe et la France "qui en faisant pression pourraient rendre le président plus conciliant et l'aider à changer d'attitude".
Agée de 42 ans, Ingrid Betancourt issue d'une famille de la haute société colombienne, diplômée de l'Institut d'études politiques à Paris, est également française depuis son premier mariage avec un diplomate français.
Inlassablement, la mère éplorée supplie les FARC de lui faire parvenir une preuve qu'Ingrid est toujours vivante et le président Uribe de ne pas tenter d'opération militaire pour libérer sa fille.
La famille Betancourt avait appris fin octobre qu'Ingrid aurait failli mourir au cours d'une grève de la faim observée récemment.
"Le monde doit comprendre l'injustice d'être contrainte à vivre une situation aussi douloureuse", conclut-elle dans un soupir.
Les FARC retiennent quelque 1.600 otages, selon les autorités, et 300 rebelles des FARC sont actuellement détenus.