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Pour les otages

27/11/2004 - Le Monde

Cela fait cent jours, ce samedi 27 novembre, que les deux otages français, les journalistes Christian Chesnot, de Radio France Internationale, et Georges Malbrunot, du Figaro, sont détenus en Irak par des terroristes islamistes. Cela fait aussi bientôt trois ans que la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt croupit dans la forêt aux mains des narco-guérilleros des FARC.

Malgré tous les efforts entrepris, publics et privés, nationaux et internationaux, le long calvaire de ces trois Français - mais aussi celui de centaines d'autres, souvent anonymes sans compter ceux qui ont été assassinés - ne semble pas près de toucher à sa fin.

Aucun mot ne peut être assez dur pour qualifier ce genre de terrorisme qui entend exercer une pression permanente, par une sinistre guerre psychologique, sur un "ennemi", que ce soient les Etats-Unis, l'Occident ou le gouvernement de Bogota. Un terrorisme qui revêt tantôt les oripeaux de la religion, tantôt ceux de la politique, quand il n'est pas ouvertement crapuleux. En Irak, comme en Colombie, la prise d'otages est devenue une véritable industrie.

Cette industrie se nourrit de fantasmes et de haines, elle se veut la réponse du faible au fort dans ce monde asymétrique dominé par une unique hyperpuissance. Elle n'en demeure pas moins répugnante.

Car, quelles que soient les critiques que l'on ait pu faire de la politique américaine en Irak, que ce soit d'une invasion peu justifiable ou d'une incapacité à restaurer la paix civile dans un pays occupé, rien ne saurait justifier l'utilisation de civils comme arme de guerre.

Ce n'est certes pas la première fois dans l'histoire que l'on recourt aux prises d'otages. Pour ne pas remonter aux temps anciens, on peut se souvenir des années passées par des otages américains, britanniques ou français au fond de caves à Beyrouth dans les années 1980. Il s'agissait alors de groupes structurés, soutenus par des Etats avec lesquels on avait fini par négocier des libérations tardives. Alors qu'en Irak il s'agit de groupuscules fanatisés, sans adresse, dont l'objectif principal est de terroriser et non de prendre le pouvoir.

Comment les démocraties peuvent-elles répondre à cette menace ? Ni la négociation ni la force ne sont pour le moment parvenues à juguler ce fléau. En tout cas, la diplomatie française cherche encore la bonne méthode. Porte-drapeau des pays opposés à la guerre américaine, Paris a frappé en vain à toutes les portes, alors que des alliés de Washington, comme la Pologne et l'Italie, ont eu plus de succès. Peut-être parce que, dans une certaine mesure, les Américains ne se sont pas montrés très coopératifs.

Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Ingrid Betancourt paient le prix de notre liberté. Liberté d'informer avec tous les risques que cela comporte pour des reporters dans un pays en guerre. Liberté de faire de la politique autrement pour Ingrid Betancourt. Ce combat-là ne doit pas cesser d'être le nôtre.


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