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La Colombie et le désarmement des paramilitaires

07/11/2004 - Le Monde, Philadelphia Inquirer, El Tiempo

La démobilisation de 20 000 hommes en armes en Colombie d'ici à 2005 devrait réjouir tous les partisans de la paix, infiniment plus nombreux que les acteurs de la guerre. Cependant, les négociations engagées entre le gouvernement du président Alvaro Uribe et les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) suscitent plus de craintes que d'espoir.

Partisan de la manière forte, Alvaro Uribe est arrivé au pouvoir en 2002 sur la promesse d'en finir avec les mouvements armés. Dans son discours, guérilleros d'extrême gauche et paramilitaires d'extrême droite sont réunis sous la même étiquette de "terroristes".

En pratique, une guerre sans merci a été déclarée aux premiers. Les seconds ont, eux, décrété un cessez-le-feu unilatéral pour négocier leur démobilisation dès décembre 2002. Mais les "paras" sont encore plus liés au trafic de drogue que leurs ennemis guérilleros. Ne cherchent-ils pas à profiter d'une conjoncture politique favorable pour obtenir l'absolution de leurs forfaits ?

Paradoxe du moment : ce sont les organisations de défense des droits de l'homme, marquées à gauche, et l'ambassadeur des Etats-Unis à Bogota, William Wood, qui dénoncent les risques des négociations en cours avec le plus de véhémence. Les ONG craignent que le gouvernement ne pardonne trop généreusement les crimes atroces des paramilitaires.

Les Américains s'inquiètent de voir des narcotrafiquants passer au travers des mailles de la justice, sous couvert de processus de paix. La perspective des négociations a conduit des trafiquants notoires à acheter la "franchise" AUC pour bénéficier d'une amnistie.

Les "paras" ont commencé à faire parler d'eux dans les années 1980. A l'époque, mafieux et propriétaires terriens décidaient d'armer des milices pour réussir là où l'Etat avait échoué, venir à bout des mouvements de guérilla et rétablir la sécurité dans les zones rurales. Avec la complicité des militaires et sous le regard bienveillant des notables locaux, les paramilitaires s'attelèrent à la tâche avec un zèle sanguinaire. Sous couvert de couper la guérilla de sa base sociale, les paysans soupçonnés d'accointance avec les guérilleros ont été victimes d'un "nettoyage social". Syndicalistes, journalistes, professeurs, juges et élus locaux ont connu le même sort.

"PARAMILITARISATION" DU PAYS

En 1997, Carlos Castaño, un chef paramilitaire du nord de la Colombie, fédérait tous les groupes régionaux dans un mouvement national et le dotait d'un discours politique. Quatre ans plus tard, les AUC rejoignaient les guérillas colombiennes sur la liste des organisations terroristes du département d'Etat. Vus des villes ou de l'étranger, guérilleros et "paras" ont donc fini par se ressembler, tous pratiquant la guerre sale, vivant du trafic de drogue, recrutant leurs troupes dans les viviers de la misère sociale.

En avril 2004, Carlos Castaño, dont le discours politique avait eu un impact indéniable, disparaissait mystérieusement. Tout portait à croire qu'il avait été éliminé par ses pairs. Début octobre, les Etats-Unis ont accordé l'asile à son épouse et à sa fille, ce qui accrédite l'autre hypothèse évoquée à l'époque de la disparition, que Castaño soit sous la protection des Américains.

Pour faire pression sur les paramilitaires, dans un premier temps, faute de bâton, le gouvernement a essayé la carotte. Un projet de loi de substitution des peines a été présenté au Congrès pour permettre une amnistie frôlant l'impunité totale. Le tollé soulevé a obligé le gouvernement à faire marche arrière. Depuis, les négociations piétinent sur les garanties juridiques exigées par les "paras". Question d'autant plus délicate que les Etats-Unis demandent l'extradition d'un certain nombre des chefs des AUC. Personne ne va accepter de déposer les armes pour finir ses jours dans une prison américaine. Tandis que les grands chefs parlent démobilisation, sur le terrain, le recrutement continue. Le quotidien El Tiempo, propriété du vice-président Francisco Santos, et les autres médias dénoncent la "paramilitarisation" du pays et s'interrogent sur le contrôle croissant qu'exercent les AUC sur les ressources de l'Etat et la politique locale.

L'armée sera-t-elle en mesure de garantir la sécurité et d'empêcher le retour de la guérilla dans les régions abandonnées par les paramilitaires ? Le gouvernement sera-t-il capable d'assurer la réinsertion des combattants démobilisés, de leur offrir un projet de vie qui puisse les éloigner durablement des armes ?

La question de la vérité, de la justice et du pardon hante aujourd'hui le débat colombien. Comme dans tous les processus de paix, elle ne saurait faire les frais des négociations.


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