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Bien que les chiffres officiels du nombre de kidnappés aient diminué cette année - ce que le gouvernement attribue à la politique de "sécurité démocratique" du président Uribe - la Colombie continue à détenir le triste record mondial dans ce domaine.
Selon le ministre de la Défense, Jorge Alberto Uribe, 588 personnes ont été privées de la liberté entre janvier et octobre de cette année. Le nombre de victimes a été réduit de 55.8 pour cent, si on le compare aux 1.329 cas recensés pendant la même période en 2003 selon les données du Fonds National pour la Défense de la Liberté Personnelle (Fondelibertad), organisation liée au ministère de la Défense. Il convient toutefois de spécifier que beaucoup des personnes kidnappées en 2004 ont été libérées contre rançon, que d'autres ont été libérées et que beaucoup de cas de séquestration n'ont jamais été déclarés..
Des porte-parole de Fondelibertad indiquent que pour la pratique du kidnapping, la Colombie occupe la première place au niveau mondial (75.80 pour cent des kidnappings au monde se passent dans ce pays).
Manque de solidarité
Pour l'ONG Pais Libre, l'important c'est de résoudre la situation des personnes qui sont toujours détenues, plus que de faire baisser les statistiques. « c'est le drame des victimes et de leurs familles qui nous préoccupe », nous dit David Buitrago, membre de l'ONG.
L'analyste s'interroge sur l'indifférence tant de l'Etat que de la société civile face à la réalité brutale. « Ni l'État ni la société n'ont réagi avant le meurtre d'un enfant kidnappé qui s'est produit il y a peu. l'État doit garantir la protection et l'intégrité des victimes, réparer les dommages qu'elles ont subi, et la société doit exprimer sa solidarité ».
Des porte-parole de Fondelibertad soutiennent que le kidnapping est une infraction liée à la mentalité de l'argent facile qui est apparu avec le trafic de drogues. C'est-à-dire, l'enrichissement par ce moyen criminel. Et tout comme le trafic de drogues illicites, toutes proportions gardées, le kidnapping est devenu une activité illégale très lucrative.
Selon Pais Libre, la privation de la liberté génère chaque année des « profits » de 500 milliards de pesos pour les groupes armés illégaux. « Dans toutes les guerres du monde il y a eu, historiquement, des prises d'otage. Qu'on se rappelle les livres épiques, qui décrétaient que le kidnapping de l'ennemi faisait partie de la stratégie pour obtenir la victoire. Au début, le kidnapping avait un caractère politique, d'image ou stratégique, mais avec l'aggravation de la lutte armée dans le pays, les groupes délictueux ont trouvé dans le kidnapping une activité très lucrative ».
Pour le professeur Pedro Santana, la privation de la liberté personnelle est une des activités qu'utilise la guérilla pour financer sa guerre. Mais il il faut rappeler que la prise d'otage est considérée comme un crime contre l'Humanité et qu'il est imprescriptible ! L'arrêt de cette pratique dépend dans une grande mesure de l'arrêt du conflit armé. C'est pourquoi Santana déclare :
« Le kidnapping continuera à exister en Colombie tant que le conflit armé aura l'ampleur qu'il a à présent - et le fait qu'il y ait encore dans les villes et à la campagne des ghettos où il n'y a aucun contrôle de l'État, crée des conditions qui rendent propice la pratique de ce crime ».
Par : Angie Lopera
El Colombiano