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Alors qu'une certaine confusion règne depuis plusieurs semaines autour du sort d'Ingrid Betancourt, toujours captive des Farc dans la jungle colombienne, en France, dans un tout autre registre, le torchon semble brûler entre certains de ses comités de soutien. Avec, d'un côté, la Ficib (Fédération internationale des comités Ingrid Betancourt), et de l'autre, "Agir pour Ingrid".
"Nous ne voulons plus cacher la vérité: il y a d'un côté le comité Delloye, seul, et de l'autre la Ficib (Fédération internationale des comités Ingrid Betancourt, ndlr)". Sans détour, Olivier Roubi, vice-président de cette même Ficib, crève l'abcès. Par courriel, l'association qu'il représente et qui se targue de coordonner, dans plusieurs pays, 69 comités de soutien aux otages des Farc en Colombie, dont Ingrid Betancourt, avait immédiatement tenu à réagir à un entretien accordé par Hervé Marro, porte-parole de l'association "Agir pour Ingrid", au JDD.fr le 18 avril dernier (lire: Betancourt: Où est la vérité?). Dans son envoi, Oliver Roubi s'étonnait que leJDD.fr n'ait pas clairement établi le distingo entre le mouvement animé, notamment, par les enfants d'Ingrid Betancourt, Lorenzo et Mélanie, ainsi que par son ex-mari, Fabrice Delloye, et le réseau chapeauté par la Ficib. Mais, plus qu'une simple mise au point, sa démarche témoignait surtout d'un malaise entre les deux organisations.
Ces rancoeurs, longtemps refoulées, la Ficib a aujourd'hui décidé de les exprimer clairement. Dans son rapport moral établi samedi 10 mai à Evry (Essonne), et que leJDD.fr s'est procuré, le conseil d'administration de l'association présidée par Armand Burguet dénonce explicitement "la volonté délibérée du comité de Fabrice Delloye de se présenter systématiquement (...) comme ‘LE' comité de soutien" à Ingrid Betancourt. Il lui impute également toute une série d'interférences et de coups bas qui auraient nuit à l'action de la Ficib. "Nous avions été profondément choqués, en novembre dernier, de constater que ce comité avait entrepris des démarches pour dissuader la ville de Paris de contribuer au financement du concert au Zénith", explique par exemple le texte. Malgré le démenti d'"Agir pour Ingrid", des responsables de la Ficib ont confié que si le concert a bien eu lieu le 18 novembre 2007, Fabrice Delloye, au contraire de ses enfants, avait refusé de monter sur scène.
"Manoeuvre"
Dans un autre registre, la Ficib reproche également à "Agir pour Ingrid" de lui avoir "empêché tout contact" avec l'ex-otage Consuelo Gonzales, lors de son passage à Paris, en février dernier. Une même obstruction aurait été constatée lors de la visite dans la capitale française d'un autre ex-séquestré, Luis Eladio Perez. La Ficib avait alors pu contourner la "manoeuvre" supposée. Il n'empêche, "cette situation, qui existe depuis un certain temps déjà mais qui semble empirer, jette une image désastreuse sur l'ensemble de notre mouvement", conclut sans détour le rapport.
Il faut dire, à en croire les protagonistes de part et d'autre, que les deux organisations ont, depuis leur création ou presque, toujours entretenu des relations douces-amères. En 2002, "une charte éthique", complétée l'année suivante, avait été élaborée par la Ficib. Le texte, censé faire le consensus entre tous les comités de soutien aux otages des Farc, n'a pas été ratifié par "Agir pour Ingrid". La raison? Des divergences fondamentales sur deux points précis. La charte explique en effet que les associations doivent se tenir à l'écart "des intérêts personnels de toute famille d'otage". Or, Hervé Marro le dit lui-même: "Se tenir éloigné de la famille Betancourt, pour nous c'est non!" En outre, la déclaration ajoute que les comités de soutien doivent se dissocier de toute action politique.
Plus que le précédent, ce point exacerbe les divergences entre la Ficib et "Agir pour Ingrid". La première, par la voix d'Olivier Roubi, accuse la seconde d'avoir systématiquement "tapé sur la tête du gouvernement français", avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. "Ils expliquaient que le gouvernement ne faisait rien pour Ingrid", s'indigne-t-il. "C'est complètement faux. La France est mobilisée depuis 2002. Une cellule de crise existe depuis cette date, des gens travaillent sur le dossier 24 h/24. (...) De tels propos étaient à nos yeux intolérables". La contre-attaque d'Hervé Marro ne s'est pas faite attendre: "A partir du moment où il s'est fait rouler dans la farine à Manaus (*), Dominique de Villepin, conscient d'avoir hérité d'une casserole, s'est retiré du jeu", explique-t-il. "Du coup, les émissaires sur place étaient devenus inefficaces, car il n'y avait plus de volonté politique émanant de Paris. Sur ce point, conclut-il avec aplomb, le changement instauré par Nicolas Sarkozy est tout à fait notable."
Fabrice Delloye, coeur de cible
A chacun ses principes donc, mais à chacun son style également. Or, celui d'"Agir pour Ingrid" serait un peu trop voyant pour la Ficib. Olivier Roubi comme Armand Burguet reprochent en effet au "comité de Paris" de "faire du médiatique pour du médiatique". Pas tendre avec Fabrice Delloye, fréquemment et logiquement sollicité par les médias au sujet du calvaire que vit son-ex compagne, Roubi condamne le penchant de l'association pour le "spectaculaire" et les déclarations choc. Il accuse notamment "Agir pour Ingrid" d'avoir véhiculé des informations non-vérifiées concernant l'état de santé de l'otage Betancourt.
"En sortant de l'Elysée le 1er avril dernier, Hervé Marro et Arnaud Mangiapan (président du comité Agir pour Ingrid, ndlr) ont annoncé qu'Ingrid avait débuté une grève de la faim le 23 février", explique-t-il. "Nous nous sommes empressés de lancer un communiqué disant que c'était faux et archi-faux, qu'il n'existait aucune information concrète permettant de confirmer ces allégations. Nous nous sommes par la suite rendu compte sur place que tout ceci relevait de la rumeur. Et je puis vous dire que cette démarche n'avait qu'un but: mobiliser l'opinion en vue de la marche blanche du 6 avril. (**)" Faux, rétorque Marro, qui, sur ce point, plaide la bonne foi. "On tenait à cette époque ces informations sur l'état de santé critique d'Ingrid de l'ordinateur de Raul Reyes (***). On a su bien plus tard (après le 9 avril, date du retour de la mission humanitaire à Paris, ndlr), que ces canaux étaient infectés."
Affaire de famille
En tout état de cause, pour Armand Burguet, ce "tapage" médiatique a une conséquence qu'il juge "grave": celle de "brouiller de plus en plus les messages de nos comités à la communauté internationale et à la population colombienne". Expliquant que certaines sphères d'influence à Bogota n'hésitent pas à sauter sur la moindre occasion pour décrédibiliser la mobilisation en faveur des otages des Farc, il ajoute, via le rapport moral, qu'"à plusieurs reprises, la Ficib, mais également Yolanda Pulecio (la mère d'Ingrid Betancourt, ndlr) et Astrid Betancourt (sa soeur, ndlr), ont été obligées de publier des communiqués pour marquer leur désapprobation vis-à-vis des déclarations présentées à la presse comme venant ‘DU' comité de soutien." De là à penser qu'aux divergences entre les deux organisations, se superpose une autre opposition, entre les familles Betancourt et Delloye celle-là, il y a un pas relativement aisé à franchir. Avec prudence toutefois.
"C'est délicat, mais il est indéniable, que, malheureusement, il y a d'un côté la famille Delloye et de l'autre la famille Betancourt", concède Olivier Roubi. Dans son rapport moral, la Ficib parle, elle, sans en rajouter, de "dissension familiale qui oppose Fabrice Delloye à la maman et à la soeur d'Ingrid". En face, Hervé Marro confirme, mais tient à tempérer: "Certes, il existe des positions différentes entre les deux familles dans certaines parties du dossier, mais c'est tout à fait normal. Les experts vous expliqueront qu'il existe toujours des problèmes psychologiques dans les familles confrontées à une prise d'otages. Il est impossible que tout le monde soit toujours d'accord sur tout". "Mais les ponts ne sont pas coupés