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Dans El Tiempo aujourd'hui, un éditorial consacré à la récente visite de Bernard Kouchner : "Le Gouvernement colombien devrait faire une proposition sérieuse à la Communauté internationale sur l'échange humanitaire".
Les déclarations contradictoires du chancelier français, Bernard Kouchner, au retour de sa tournée dans les pays andins, donnent la mesure du manque de directions de son gouvernement par rapport à l'échange humanitaire. Il a d'abord dit que son voyage avait été un succès, il a ensuite reconnu que la libération d'Íngrid Betancourt était très éloignée et, à la fin, il a conclu que « il n'est ni optimiste ni pessimiste ».
La présence de Kouchner à Caracas, Bogota et Quito déborde de confusion. Dans aucune des capitales il n'y a eu d'annonces concrètes, ni d'explications convaincantes. Il se pourrait qui quelque chose se passe, et que les quatre gouvernements aient opté pour une réserve absolue de manière à blinder un processus délicat. Pour l'une ou l'autre raison, le président Rafaël Correa a annoncé, après sa rencontre avec Kouchner, qu'il se rendrait à Paris pour traiter le sujet directement avec Sarkozy.
Mais il ne peut pas être écarté que ces contacts sans résultat visible soient le produit d'initiatives sans planification, nées de la nécessité de contenter l'opinion publique qui - surtout en France - exige une action pourles kidnappés. Le président Sarkozy s'effondre dans les enquêtes et le chancelier Kouchner - qui vient du Parti Socialiste, d'opposition, est le membre le plus atypique d'un gouvernement déjà peu conventionnel. Tout indique que les raisons de politique intérieure ont guidé les récentes initiatives de la France sur l'accord humanitaire - l'envoi très médiatisé de l'avion médicalisé en Guyane et le périple de Kouchner- mais qu'en réalité il n'y a aucun élément nouveau qui puisse débloquer la situation.
Les déclarations très brèves des derniers jours montrent qu'il n'y a pas beaucoup de motifs d'espoir. Le président Uribe a reçu Kouchner « par courtoisie », selon son collègue colombien Fernando Araújo. Uribe, avec des phrases indirectes mais sans équivoque, a fait savoir qu'il ne permettrait pas que Hugo Chavez prenne à nouveauepart à des contacts avec le Farc, contacts que la France considère nécessaire. Chávez exprime sa frustration d'avoir été mis hors-jeu, et le nouveau volontarisme de Rafaël Correa apparaît plus comme un élément de sa croisade pour irriter Uribe. Pour terminer d"embrouiller le jeu, les Farc rappellent qu'ils restent obstinément sur leur position peu constructive : « Iván Márquez » a été catégorique en déclarant qu'il n'y aurait plus d'autres libérations ; ils insistent sur la démilitarisation de Pradera et Florida et sur la libération de « Simón Trinidad» et de « Sonia ».
Après la crise diplomatique des derniers mois entre la Colombie et le Vénézuéla, le président Uribe a raison d'être très rigoureux et de limiter tout rôle que pourrait prendre Chávez. Le ton d'une certaine arrogance des derniers mouvements de la France n'est pas acceptable non plus, et ce pays surestime apparemment sa capacité d'influence sur les Farc. Mais la formule de se limiter à la collaboration exclusive des pays amicaux - l'Espagne, la Suisse et la France et à la recherche de contacts à travers l'Église n'est pas non plus solution.
Le meilleur antidote contre l'intervention de présidents étrangers sans invitation ni mission claire serait une proposition sérieuse et convaincante du Gouvernement colombien à la Communauté internationale. Une feuille de route plus vaste, réaliste, et avec des espoirs précis sur le rôle des acteurs externes. Une proposition qui incorpore de nouveaux éléments, comme l'intérêt d'autres pays latino-americains ou, même, celui de l'ex candidat présidentiel américain Bill Richardson - proche de Barack Obama, qui a de l'expérience dans des libérations d'otages-, et qui vient de rendre visite à Chávez. Laisser le sujet à la dérive éloigne les possibilités de l'échange et favorise les initiatives étrangères unilatérales et inefficaces.